du Capitaine Cook. 34 $
dans la mer, ayant grand foin de les éparpiller, com- 'me fi elle eût voulut empêcher qu’on ne les vît, &faire oublier par-là le fouvenir de ce qui venoit de fepaffer; elle fe plongea enfuite dans la riviere, fe lavatout le corps , & revint dans nos tentes avec autantde gaieté, & le vifage auffi joyeux que s’il ne lui étoitrien arrivé.
Il n’eft pas étrange que le chagrin de ces peuplesfans art foit paffager, 6c qu’ils expriment fur le champ& d’une maniéré forte, les mouvemens dont leur ameeft agirée. Ils n’ont jamais appris à déguifer ou à ca-cher ce qu’ils fentent, 6c , comme ils n’ont point deces penfées habituelles qui fans celle rappellent lepaffé & anticipent l’avenir, ils font affeétés par toutesles variations du moment, ils en prennent le caractère ,& changent de difpofitions toutes les fois que les çir-conftances changent ; ils ne fuivent point de projetd’un jour à l’autre , & ne connoiffent pas ces fujetscontinuels d’inquiétude & d’anxiété dont la penfée eftla première qui s’empare de l’efprit quand on s’éveille,& la derniere qui le quitte au moment où l’on s’en-dort. Cependant fi, tout confidéré, l’on admet qu’ilsfont plus heureux que nous , il faut dire que l’enfanteft plus heureux que l’homme , & que nous avonsperdu du côté de la félicité , en perfe&ionnant notrenature, en augmentant nos connoiffances & en éten-dant nos vues.
Pendant tout le matin des pirogues abordèrentprès de nous au fort , & les tentes étoient rempliesd’Orahitiens , qui venoient des différentes parties deTome II, Xx
Ann. i-?6( j.Avril.
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