du Capitaine Cook. 341
pée. Il forcit précipitamment de la tente, & retournaà grand pas vers M. Banks, paroiffant reprocher amè-rement les foupçons qu’on avoit formés contre lui.
M. Banks comprit bientôt que l’Indien avoit reçu lecouteau des mains de fon domeftique, il étoit prefqueaufîi affligé que le chef de ce qui venoit de fe palier ;il fentit qu’il étoit coupable lui-même , & voulut ex-pier fa faute. Le pauvre Indien , malgré la violencede fon agitation, étoit d’un caractère à ne pas confer-ver fon reffentiment ; il oublia l’injure que lui avoitfaite M. Banks, & fe réconcilia parfaitement, lorfquecelui-ci l’eut traité avec familiarité & qu’il lui eut donnéquelques petits préfens.
I l faut obferver ici que ces peuples , par les (im-pies fentimens de la confcience naturelle , ont une J
connoifflance de l’équité & de Pinjuftice, & qu’ils fecondamnent involontairement eux-mêmes, lorfqu’ilsfont aux autres ce qu’ils ne voudroient pas qu’onleur fît. Il eft sûr que Toubouraï Tamaïdé fentoit laforce de l’obligation morale ; s’il avoit regardé commeindifférente l’a&ion qu’on lui imputoit, il n’auroit pasété fi agité , lorfqu’on démontra la fauffeté de l’accu-fation. Nous devons, fans doute, juger de la vertu deces peuples, par la feule règle fondamentale de la mo-rale, la conformité de leur conduite a ce qu’ils croientêtre jufte ; mais bous ne devons pas conclure d’aprèsles exemples rapportés plus haut, que le vol fuppofedans leur caraclère la même dépravation , qu’on recon-noîtroit dans un Européen qui auroit commis ces ac-tions. Leur tentation étoit fi forte à la vue des meu-