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Ann. 1769.Avril.
322 Voyage
avoir jamais été*remarquable par fa beauté : c’efl pourcela, je penfe , que M. Banks ne lui fit pas un accueilbien flatteur. Cette femme efTuya une autre mortifica-tion : fans faire attention à la dignité de fa compagne,M. Banks voyant parmi la foule une jolie petite fille , illui fit ligne de venir à lui ; la jeune fille fe fit un peu pref-fer, & vint enfin s’afleoir de l’autre côté de M. Banks;il la chargea de petits préfents & de toutes les brillan-tes bagatelles qui pouvoient lui faire plaifir. La Princef-fe, quoique mortifiée de la préférence qu’on accordoità fa rivale , ne cefia pourtant pas fes attentions à l’é-gard de M. Banks; elle lui donnoit le lait des cocos &toutes les friaudiles qui étoient à fa portée. Cette fcèneauroit pû devenir plus intérefîante & plus curieufe,fi elle n’avoit pas été interrompue par un incidentférieux. M. Solander & M. Monkhoufe fe plaignirentqu’on les avoit volés : le premier avoit perdu une pe-tite lunette dans une boëte de chagrin , ik le fécondfa tabatière. Malheureufement cet événement mit finà la bonne humeur de la compagnie. On porta desplaintes au chef fur le délit , & , afin de rendre lachofe plus grave, M. Banks fe leva avec vivacité, & frap-pa la terre de la crofl'e de fon fufil. Toute l’aflëmbléefut pénétrée de frayeur en voyant ce mouvement &en entendant le bruit. Excepté le chef, trois femmes& deux ou trois autres naturels du pays qui, par leurhabillement , fembîoient être d’un rang fupérieur ,tous les autres s’enfuirent de la maifon avec la plusgrande précipitation. Le chef portoit fur fon vifagedes marques de confufion & de douleur ; il prit M. Bankspar la main, & le conduifit à l’autre bout de I’habi-