Ann 1769.J anvier.
184 Voyage
chofe dont il veut fe débarrafler. Ils ont cependanedes mots qui feroient regardés comme doux dans lesLangues les plus perfectionnées de l’Europe. M. Banksapprit à prononcer les termes dont ils fe fervent pourdéfigner les grains de bracelets & l’eau. Quand ilsvouloient avoir de ces grains au-lieu de rubans & d’au-tres bagatelles , ils prononçoient le mot Halleca ; &quand ils vinrent à bord du vaiiïeau & qu ils nous de-mandoient par lignes où étoit l’eau , ils faifoient legefte de boire, & montrant ou les tonneaux ou leurplace , ils crioient Oodâ .
Il ne nous parut pas que ce peuple eût d’autrenourriture que les coquillages, car quoique les veauxmarins fréquentent leur côte, ils n’ont aucun infini-ment pour les prendre. Les coquillages font ramafîespar les femmes , dont l’occupation eft de fuivre lamarée à mefure qu’elle defcend, avec un panier dansune main, un bâton pointu & barbelé dans l’autre ôcun fac fur leur dos ; elles détachent les coquillages durocher avec le bâton , & les mettent dans le panierqu’elles vuident enfuite dans le fac.
Leurs armes, qui confiftent en un arc & des flè-ches , font la feule chofe que nous ayions trouvée chezces Sauvages qui préfente quelque apparence d’induf-trie. L’arc étoit allez bien fait & les flèches étoientles plus jolies que nous euflions jamais vues. Elles fontde bois très-bien poli, & la pointe étoit de verre oude fîlex , barbelée , taillée <5c ajuftée avec une grandeadrefle. Nous vîmes âuflï chez eux plufieurs morceauxde verre de de cailloux non travaillés , & quelques