190
Voyage
réfugier ; que le Charpentier étoit mourant, & que le"^écemb 7 * Cuifinier étoit eftropié par fes bleffures. Par toutes cesraifons , ils me fupplioient de les prendre à bord poul-ies ramener en Angleterre ou au-moins de les licen-cier ; ce fut avec beaucoup de regret & de compaffionque je répondis à ces malheureux qu’il m’étoit impof-fibîe de les foulager, & que puifqu’on les avoit chargésde la garde de l’équipement du navire , ils dévoientattendre des ordres de l’Amirauté. Ils me répliquèrentque depuis qu’on les avoit laiffés dans ces parages, ilsn’avoient pas reçu un feul ordre de la Grande-Bre-tagne ; ils me conjurèrent ardemment de faire con-noître leur malheur , afin qu’ils puffent obtenir desfecours. Ils ajoutèrent qu’on leur devoit dix ans depaye, qu’ils avoient vieillis en attendant leur argent,& qu’ils confentoient à préfent de perdre cette fom-me , & a exercer dans leur patrie les emplois lesplus vils , plutôt que de continuer à fouffrir lesmisères de leur fîtuation aduelîe , qui étoient eneffet très - grandes. Quel que fût leur état , on neleur permettoit pas de paffer une nuit à terre , &lorfqu’ils étoient malades , perfonne ne les vifitoit àbord. Ils étoient d’ailleurs volés par les Malays , &fans ceffe dans la crainte d’être maffacrés par cespirates qui, peu de tems auparavant, avoient brûlé laprife Siamoife ( a ). Je les affurai que je ferois tousmes efforts pour procurer du foulagement à leursmaux , & ils me quittèrent les larmes aux yeux.
Comme les Marchands de Batavia ne me parlèrent
(a) C’étoit probablement une prife qu’avoit fait le Falmouth.