autour du Monde. 189
n’avoient pas voulu les payer fi cher. C’efl: pourquoi,famedi , j’allai à terre moi-même pour la premièrefois ; je parcourus les difFérens magafins & arfenaux,& je vis qu’il étoit imposable de les acheter à meilleurmarché que nos Officiers ; je crus que les Marchandsprofitoient du befoin apparent où nous étions, ôc qu’ilsavoient réfolu de nous vendre leurs marchandifesquatre fois au-delà de leur valeur , perlùadés que nousne pourrions pas nous rembarquer fans les prendre àce prix. Je me décidai cependant à recourir à touteforte de moyens, plutôt que de me foumettre à uneexaêîion que je regardois comme honteufe ; je leur disque je mettrois furement à la voile le mardi prochain ,que fi pendant cet intervalle, ils vouloient traiter auxconditions que je leur avois propofées , je prendroisles articles que j’avois mis à part, mais qu’autrementje m’etnbarquerois fans les emporter.
Dès que je fus de retour à bord, je reçus une requêtedes Officiers non-brevetés du Falrnouth ; ils me repré-fentoient qu’ils n’avoient plus rien à efpérer , que leCanonnier étoit mort depuis long-tems ; que les muni-tions d’artillerie étoient perdues, & fur-tout la poudreque les Hollandois avoient ordonné de jetter dans la mer ;que le Contre-maître , accablé de vexations& de cha-grins, étoit devenu fou , & avoit été renfermé dans unhôpital ; que tout leur équipement étoit gâté & pourri ;que le plancher du magafin étoit tombé dans une mouf-fon pluvieute & les avoit laiffés expofés aux injures del’air pendant plufieurs mois ; qu’ils n’avoient pas puvenir à bout de fe procurer un autre endroit pour s’y