autour du Monde. 13J
pour lefquels, à fon ordinaire, elle ne voulut rien re-cevoir en retour. Lorfqu’elle fut prête de quitter lenavire, elle fit entendre qu’elle défiroic que j’allaffe àterre avec elle ; à quoi je confentis en prenant plufieursOfficiers avec moi. Quand nous fûmes arrivés à famaifon, elle me fit affeoir ; < 5 c prenant mon chapeau,elle y attacha une aigrette de plumes de différentescouleurs. Cette parure que je n’avois vue à perfonnequ’à elle, étoit allez agréable. Elle attacha auffi à monchapeau & aux chapeaux de ceux qui étoient avec moiune efpèce de guirlandes faite de treffes de cheveux ,& nous fit entendre que c’étoit fes propres cheveux,& qu’elle-même les avoit treffés ; elle nous don-na quelques nattes très - adroitement travaillées. Lefoir elle nous accompagna jufqu’au rivage, &, lorfquenous entrâmes dans notre bateau, elle nous donna unetruie & une grande quantité de fruits. En partant, jelui fis comprendre que je quitterois l’Ifle dans feptjours ; elle me demanda par lignes d’en demeurer en-core vingt ; en me faifant entendre que j’irois dansl’intérieur du pays à deux journées de la côte ; que j’ypafferois quelques jours , & que j’en rapporterois unegrande provilion de cochons & de volaille. Je lui répli-quai toujours par lignes que j’étois forcé de partir dansfept jours , fans autre délai , fur quoi elle fe mit àpleurer, & ce ne fut pas fans beaucoup de peine que jeparvins à la tranquillifer un peu.
Le 22 au matin, le Canonnier nous envoya au moinsvingt cochons avec beaucoup de fruits. Nos entre-ponts étoient alors pleins de cochons & de volailles j