autour du Monde. 131
apperçut une vieille femme de l’autre côté de la rivièrepleurant amèrement. Quand elle vit qu’on l’avoit remar-quée, elle envoya un jeune homme qui étoit près d’elleau - delà de la rivière avec une branche de bananierdans les mains. Lorfqu’il fut de notre côté , il fit unlong difcours & mit fa branche aux pieds du Canonnier.Après cela il retourna & rapporta la vieille femme ,tandis qu’un autre homme apportoit en même-temsdeux cochons bien gros & bien gras. La femme par-couroit des yeux tous nos gens l’un après l’autre , à lafin elle fondit en larmes ; le jeune homme qui l’avoitapportée voyant que le Canonnier étoit touché & étonnéde ce fpcètacle , fit un autre difcours plus long que lepremier. La douleur de cette femme étoit cependantencore un myftère , mais à la fin on comprit que fonmari & trois de fes enfans avoient été tués à l’attaquedu vailfeau. Cette explication qu’elle failoit elle-mêmePafFeéta fi fort , qu’à la fin elle tomba ne pouvant plusparler. Les deux jeunes hommes qui la foutenoientétoient prefque dans le même état. Nous conjeéturâmesque c’étoit deux autres de fes enfans ou de fes prochesparens. Le Canonnier fit tout ce qu’il put pour adoucirfa douleur , & quand elle fut un peu revenue à elle-même , elle lui fit préfenter les deux cochons & luidonna fa main en figne d’amitié, mais elle ne voulutrien recevoir de lui, quoiqu’il lui offrit dix fois la va-leur de fes cochons au prix du marché.
Ann. 1767,,Juillet.
Le matin du jour fuivant, 15 , j’envoyai le fécondLieutenant avec tous les bateaux & foixante hommesk l’Oueft, pour connoître le pays & voir ce qu’on
Rij