Ann. 1767.Juillet.
130 Voyage
Le lendemain matin , 13 , lui envoyai par le Ca-nonnier fix haches, fix faucilles & plufieurs autres pré-fents. A fon retour , mon meflager me dit qu’il avoittrouvé la Reine donnant un feftin à un millier de per-fonnes. Ses domeftiques lui portoient les mets toutpréparés , la viande dans des noix de cocos , & lescoquillages dans des efpèces d’augets de bois, fembla-bles à ceux dont nos bouchers fe fervent : elle les dif-tribuoit enfuite de fes propres mains à tous fes hôtesqui étoient afîis & rangés autour de la grande mai-fon. Quand cela fut fait, elle s’afht elle-même fur uneefpèce d’eftrade ; & deux femmes placées à fes côtéslui donnèrent à manger ; les femmes lui préfentoientles mets avec leurs doigts , elle n’avoit que la peined’ouvrir la bouche. Lorfqu’elle apperçut le Canonnier ,elle lui fit fervir une portion ; il ne put pas nous direce que c’étoit, mais il croit que c’étoit une poule coupéeen petits morceaux, avec des pommes, & affaifonnéeavec de l’eau falée. Il trouva au refte le mets lort bon ;elle accepta les chofes que je lui envoyois, &c en paruttrès-fatisfaite. Après que cette liaifon avec la Reine futétablie, les provifions de toute efpèce devinrent pluscommunes au marché : mais malgré leur abondancenous fûmes encore obligés de les payer plus chèrementqu’k notre arrivée ; notre commerce fe trouvant gâtépar les clous que nos gens avoient dérobés pour lesdonner aux femmes. Je donnai ordre de fouiller tousceux qui iroientà terre, & je défendis qu’aucune femmepafsât la rivière.
Le 14 , le Canonnier étant à terre pour nos achats