autour du Monde. 119
bien porter. Pendant que cela fe paffoit, notre Chirur-
gien , qui s’étoit fort échauffé en marchant, ôta fa ^ NN . 17<5 7*
perruque pour fe rafraîchir. Une exclamation fubite
d'un des Indiens à cette vue, attira l’attention de tous
les autres fur ce prodige qui fixa tous les yeux, & qui
fufpendit jufqu’aux foins des jeunes filles pour nous.
Topte l’affemblée demeura quelque-tems fans mouve-ment & dans le filence de l’étonnement qui n’eut pasété plus grand , s’ils euffent vu un des membres denotre compagnon féparé de fon corps. Cependant lesjeunes femmes qui nous frottoient, reprirent bientôtleurs fondions qu’elles continuèrent environ une demi-heure, après quoi elles nous r’habîllèrent, &, commeon peut le croire , avec un peu de gaucherie ; nousnous trouvâmes fort bien de leurs foins, le Lieutenant,le Munitionnaire & moi. Enfuite notre généreufe bien-faitrice fit apporter quelques ballots d’étoffes avec lef-quelles elle m’habilla, ainfi que tous ceux qui étoientavec moi , à la mode du pays. Je réfiftai d’abord àcette faveur, mais ne voulant pas paroître mécontentd’une chofe qu’elle imaginoit devoir me faire plaifir,je cédai. Quand nous partîmes elle nous fit donnerune truie pleine , & nous accompagna jufqu’à notrebateau. Elle vouloit qu’on me portât encore , mais ,comme j’aimois mieux marcher , elle me prit par lebras , & toutes les fois que nous trouvions en notrechemin de l’eau ou de la boue à traverfer, elle me fou-levoit avec autant de facilité , que j’en aurois eu àrendre le même fervice à un enfant dans mon état defan té.
Tome IL R
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