AUTOUR
du Monde
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que les autres reftoient autour dans leurs canots , ilarriva que la chaloupe fut envoyée à terre pour fairede l’eau & du bois. Les Américains qui étoient dansles canots tinrent les yeux fixés fur la chaloupe pen-dant qu’on l’équipoit , & dès le moment qu’elle s’é-loigna du vaiffeau, ils appelèrent avec de grands crisceux qui étoient à bord , <St qui parodiant vivementallarmés, fautèrent à la hâte dans leurs canots après yavoir fait defcendre leurs enfans, & s’éloignèrent fansprononcer une parole. Aucun de nous ne pouvoir de-viner la caufe de cette émotion foudaine ; mais nousvîmes ces Américains dans leurs canots , ramer aprèsla chaloupe , pouffant de grands cris , avec des mar-ques extraordinaires de trouble & d’effroi. La chaloupemarchoit plus vite qu’eux ; lorfqu’elîe approcha durivage , nos gens apperçurent quelques femmes quiramaffoient des moules parmi les rochers. Cela expli-qua fur le champ le myftère ; les pauvres Américainscraignoient que des Etrangers n’attentaffent, foit parforce foit par féduétion , aux droits des maris , droitsdont ils paroiffoient plus jaloux que les Habitans debeaucoup d’autres pays, en apparence moins lauvages& moins grolïiers que ceux-ci. Pour les tranquillifer,nos gens relièrent dans la chaloupe fans ramer & feIaifsèrent devancer par les canots. Les Américains deleur côté ne cefsèrent de crier pour fe faire entendrede leurs femmes, jufqu’à ce qu’enfin elles prirent l’a-larme elles-mêmes & s’enfuirent hors de la portéede la vue ; dès que leurs maris furent à terre, ils tirè-rent leurs canots lur la plage, & fuivirent leurs femmesavec la plus grande célérité.
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Ann. 1767Avril.