'du Capitaine Cook/ 313
s’enfuirent. Chacun des deux champions étoit armé t
d’une pique d’environ dix pieds de longueur, & d’un Ann. 1770bâton court , qà’il fembloit manier comme fi c’eûtété un inftrument qui fervît à lancer la pique ou à enfaire ufage de quelqu’autre maniéré : ils nous parlè-rent d’un ton de voix très-élevé, & dans un langagerude & défagréable, dont ni Tupia ni nous ne compri-mes pas un feul mot. Ils agitoient leurs armes, & fem-bloient réfolus de défendre leur rivage jufqu’k la der-nière extrémité , quoiqu’ils ne fuffent que deux , &qu’ils euffent à combattre contre quarante. Je ne pou-vois m’empêcher d’admirer leur courage , & com-me j’étois bien éloigné de commencer les hoftilités ,avec des forces fi inégales, j’ordonnai aux matelots deceflèr de ramer. Nous nous entretînmes par fignesl’efpace d’un quart-d’heure , & afin de gagner leurbienveillance, je leur jettai des clous, des verroteries& d’autres bagatelles qu’ils acceptèrent & dont ils pa-rurent fort contents. Je leur fis figne que nous avionsbefoin d’eau , & je tâchai de les convaincre par tousles moyens que je pus imaginer, que nous ne voulionsleur faire aucun mal : ils nous firent quelques geftesque je pris pour une invitation de débarquer ; maislorfque le bateau s’avança , ils parurent de nouveaudéterminés à s’y oppofer. L’un deux fembloit être unjeune homme de dix-neuf ou vingt ans, & l’autre unhomme d’un moyen âge; comme je n’avois pas d’au-tre reffource , je fis tirer entre les deux un coup defufil. Le plus jeune entendant le bruit de l’explofion ,laiffa tomber fur le rocher un paquet de lances ; maisrevenu bientôt de fa frayeur , il les releva avec une
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