Ann. 1770.Mars.
2,cjo Voyage
ils font fortïr de leur bouche une langue d’une lon-gueur incroyable , & relèvent leurs paupières avectant de force , qu’on apperçoit tout le blanc de l’oeilen haut & en bas , de manièr<?«qu’il forme un cer-cle autour de l’iris. Ils ne négligent rien de tout cequi peut rendre la figure de l’homme difforme &effroyable ; pendant cette danfe, ils agitent leurs lan-ces , ils ébranlent leurs dards, & frappent l’air avecleurs patou-patous. Cette horrible danfe elt accom-pagnée d’une chanfon , fauvage il eft vrai, mais quin’eft point défagréable & dont chaque refrain fe ter-mine par un foupir élevé & profond qu’ils pouffentde concert. Nous vîmes dans les mouvemens des dan-feurs une force , une fermeté & une adreffe que nousne pûmes pas nous empêcher d’admirer ; dans leurschanfons ils gardent la mefure avec la plus grandeexactitude ; j’ai entendu plus de cent pagaies frapperà la fois avec tant de précifion contre les côtés deleurs pirogues, qu’elles ne produifoient qu’un feul fon,à chaque tems de leur mufique.
Ils chantent quelquefois pour s’amufer & fans l’ac-compagner de danfe , une chanfon qui n’eft pas fort ^différente de celle-là ; nous en avons entendu auffi detems en tems d’autres chantées par les femmes , dontles voix font d’une douceur & d’une mélodie remarqua-bles i & ont un accent agréable & tendre. La mefureen eft lente & la chûte plaintive. Toute cette mufi-que , autant que nous en pûmes juger fans avoir unegrande connoilfance de l’art , nous parut exécutéeavec plus de goût qu’on n’a lieu de l’attendre de fau-