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Voyage
r"— faveur de la vie fauvage , des hommes qui jcuifTent
ANN.1770. jons c | c la nature dans une oifiveté voluptutufe ,la civililation feroit certainement un bonheur pour ceuxà qui la nature ingrate fournit h peine leur fubfifiance ,& qui font obligés de s’entre-détruire continuellenientafin de ne pas mourir de faim.
Ces Peuples accoutumés à la guerre, quelle qu’enfoit la caule , de regardant par habitude tous les étran-gers comme des ennemis , étoient toujours difpofés ànous attaquer , lorlqu’ils ne s’appercevoient pas denotre fupériorité , ils n’en connoifioient d’autre d’abordque celle du nombre ; ôc quand cet avantage étoit deleur côté , ils ne doutoient pas que tous nos témoi-gnages de bienveillance ne fufient des artifices que lacrainte & la fourberie nous faifoient mettre en ufagepour les féduire & nous conferver. Mais lorfqu ilsfurent une fois bien convaincus de nos forces , aprèsnous avoir forcés à nous fervir de nos armes à feu ,quoique chargées feulement à petit plomb , ôt quandils eurent reconnu notre clémence en voyant que nousne faifions ufage de ces inflrumens fi terribles quepour nous défendre nous-mêmes, ils devinrent toutd’un coup nos amis ; ils eurent en nous une con-fiance fans bornes , 6c firent tout ce qui pouvoir nousengager à en uftr de même à leur égard. 11 eff encoreremarquable que lorfqu’une fois il y eut un com-merce d amitié , établi entre nous , nous les furprî-mes très-rarement dans une aéiion malhonnête. Il eftvrai que tant qu'ils nous avoirnt regardés commeautant d’ennemis qui ne veuoient fur leur côte que