du Capitaine Cook. t6 3
fournir à leur nourriture, fi quelques voifins les em-pêchent de pêcher du poiffon qui fupplée h prefquetoutes les autres nourritures animales. Excepté leschiens, ils n’ont pou'r leur fubfiftance que les végétauxque nous avons déjà décrits , & dont les principauxfont la racine de fougère, les ignames & les patates ;d’où l’on voit que , fi ces reffources viennent à leurmanquer , la détrefîe doit être terrible. Parmi leshabitans de la côte eux-mêmes , plufieurs tribus doi-vent fe trouver fréquemment dans une pareille difette,foit que leurs plantations n’aient pas réuffi, foit qu’ilsn’aient pas allez de provifions fèches dans la faifon oùils ne peuvent rendre que peu de poifibns. Ces ré^-flexions nous mettent en état d’expliquer & le dangercontinuel où paroiffent vivre tous les peuples de cepays & le foin qu’ils prennent de fortifier tous leursvillages ; on pourroit même rendre raifon de l’hor-rible ufage de manger ceux d’entr’eux qui font tuésdans les batailles ; car le befoin de celui que la faimpouffe au combat , abforbe toute humanité & étouffetous les fentimens qui l’empêcheroient de fe foulageren dévorant le corps de fon adverfaire. Il faut remar-quer néanmoins que fi cette explication de l’origined’une coutume aufii barbare eft jufte, les maux dontelle eft fuivie ne finiffent point avec la néceffité quila fit naître. Dès que la faim eut introduit d’un côtécet ufage , il fut néceffairement adopté de l’autre parla vengeance. Quel que foit le fentiment de certainsSpéculatifs & Philofophes qui prétendent que c’eft unechofe très-indifférente que de manger ou d’enterrer lecorps mort d’un ennemi, ainfi que de couvrir ou dç
Ann. 1770.Mars.