I 5"4 V O Y A G, E
une pofture de fuppliant, ils fe mirent.fous notre pro-Ann. 1760. tedlion. Nous leur parlâmes amicalement , le vieillard° Veiïl ' nous dit qu’un de ceux qui avoit été bleffé par dupetit plomb étoit fon frère , &c nous demanda avecbeaucoup d’inquiétude s’il en mourroit ; nous l’afîura-mes que non , & mettant dans fa main une balle &du petit plomb , nous lui fîmes entendre que pourmourir il falloit être blefle avec la balle , & que ceuxqui l’étoient de l’autre manière en guériroient ; nousajoutâmes que fi l’on nous attaquoit encore , nousnous défendrions avec des balles , qui les blefï'eroientmortellement. Ces Indiens reprirent un peu de cou-rage , s’approchèrent & s’aflirent près de nous , &pour les raffurer davantage , nous leur fîmes préfentde quelques bagatelles que nous avions par hafard avecnous.
Bientôt après nous nous rembarquâmes dansnos bateaux , & quand nous fûmes arrivés à une autreanfe de la même 10e , nous montâmes fur une collinevoifine qui dominoit fur le pays, jufqu’à une diidanceconfidérable : la vue étoit très - finguüère & très-pittorefque ; on appercevoit une quantité innombrabled’Ifles qui formoient autant de havres , où l’eau étoitaufli unie que dans l’étang d’un moulin ; nous décou-vrîmes en outre plusieurs bourgades , des maifonsdifperfées & des plantations ; ce canton étoit beau-coup plus peuplé qu’aucun de ceux que nous avionsvus auparavant. Plufieurs Indiens fortirent d’une desbourgades qui étoit près de nous , ils s’efforcèrent denous montrer qu’ils étoient fans armes ; leurs geftes