54 Voyage
qu’il nous fut poffible ; nous leur fournîmes des ha-Ann. 1769. kits & i eur donnâmes les témoignages de bonne vo-lonté les plus propres à difîîper leurs craintes & àgagner leur confiance. Ceux qui«’ConnoifTent la naturehumaine ne feront pas étonnés que la douleur quedévoient reffentir ces jeunes fauvages de la perte deleurs parens , qui venoient de périr fous leurs yeux ,ait fait place tout-à-coup à la joie extrême qu’ilséprouvèrent en fe voyant délivrés des terreurs d’unemort qu’ils croyoient certaine , & traités avec bontépar ces mêmes hommes qu’ils regardoient comme leursbourreaux ; leur joie fe peignit avec la plus grandeexpreflion fur leurs vifages & dans tous leurs mouve-mens. Avant même que nous euffions gagné le vaif-feau, leurs foupçons & leurs craintes étoient entière-ment dilîipés ; non-feulement ils paroiffoient déjà ac-vcoutumés à leur fituation , ils étoient même fort gais ;& lorfqu’on leur offrit du pain , ils le mangèrent avecun appétit vorace. Us firent plufieurs queffions avecbeaucoup de curiofité , & répondirent volontiers auxnôtres ; quand notre dîner fut fervi, ils montrèrent ledéfir de goûter de tout ce qu’ils voyoient : le porc faléfut de tous les mêts que nous avions fur la table , ce-lui qui leur parut le plus agréable. Après le foleilcouché, ils firent un autre repas avec le même plaifir ;chacun d’eux mangea une grande quantité de pain &but plus d’une quarte d’eau. Le foir on leur drefîà deslits , & ils allèrent fe coucher très - fatisfaits en ap-parence de leur état. Cependant l’agitation de leursefprits s’étant un peu calmée pendant la nuit, & ayantfait place à la réflexion , on les entendit foupirer fou-