Ann. 1769.O&obre.
j-i Voyage
nous étions ; mais au moment où nous fûmes recon--nus, les Indiens plièrent leur voile & prirent leurs ra-mes, dont ils fe fervirent avec tant d’adreffe & d'agi-lité qu’ils dépafsèrent bientôt le «bateau qui vouloit lescouper. Comme ils étoient cependant à la portée dela voix, Tupia leur cria de s’approcher , & leur pro-mit que nous ne leur ferions aucun mal ; mais ilsavoient plus de confiance dans leurs rames que dansnos promeffes , & ils continuèrent de s’éloigner denous aufli vite qu'ils le purent. Je fis tirer alors uncoup de fufiî par-deffus leurs têtes, & je crus que c’é-toit l’expédient le moins fâcheux pour venir à bout demon deffein , efpérant que la crainte les forceroit àfe rendre ou à fauter dans l'eau. Au bruit du coup defuiil , ils cefsèrent en effet de ramer ; ils étoient aunombre de fept, & tous les fept commencèrent à fedeshabiller ; nous ne doutâmes pas qu’ils ne fufTentdifpofés à fe jetter à la mer ; mais il en arriva tout autre-ment. Ils prirent fur le champ la réfolution , non defuir, mais de combattre; &, lorfque notre bateau s’ap-procha, ils commencèrent l’attaque à coups de rames,de pierres & d’autres armes offenfives qu’ils avoientdans leurs pirogues, & dont ils fe fervoient avec tantde vigueur que nous fumes obligés de faire feu fureux pour nous défendre. Malheureufement il y en eutquatre de tués ; les autres, qui étoient de jeunes gar-çons, dont le plus âgé avoit environ dix-neuf ans, &le plus jeune à-peu-près onze , fautèrent auflitôt dansla mer. Le plus âgé nageoit avec beaucoup de vigueur,& refifta avec beaucoup de courage & de force à tousles efforts qu’on fit pour le prendre ; il fut cependant