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l’art chrétien.
muette, à cette époque de décadence et de terreur.
Il fit plus encore. Dans le premier cloître de Saint-Marc, c’est-à-dire dans la partie du couvent la plusaccessible aux regards des curieux, il osa peindrel’image de celui dont le souvenir était là plus vivantque partout ailleurs, et les spectateurs hostiles oubienveillants purent reconnaître le profil de Savo-narole dans la figure de saint Autonin, dont l’his-toire y est tracée avec assez de verve pour accuserla double inspiration du sujet et du lieu. On s’é-tonne qu’une telle audace de l’artiste ou des moinessoit restée impunie et qu’un pouvoir habitué à vio-ler tous les asiles, et particulièrement celui-là, selaissât ainsi braver par une peinture murale. Quoiqu’il en soit, ce mode de consécration a échappéplus heureusement que les autres à toutes les me-sures inquisitoriales, et il y a bientôt trois sièclesque cet hommage d’un pieux pinceau continue deproduire son effet sur tous ceux qui en connaissentl’origine et la signification. Et il ne faut pas croireque ce nom ou ce souvenir ait fini par mourir,comme un écho lointain, en s’affaiblissant d’âge enâge. Non, le culte du martyr dominicain se perpé-tua, de génération en génération, non-seulementparmi les moines qui respiraient le même air et s’a-genouillaient sur les mêmes dalles, mais aussi dansles familles florentines, cpii avaient l’intelligencedes véritables gloires nationales. Cette fidélité seconserva jusque sous la domination étrangère, etnous savons que, dans les premières années du