INTRODUCTION.
XXXI
son sang pour elle. L’héroïsme serait le même, la pers-pective seule serait changée.
Ce changement était sur le point de s’accomplirquand Virgile entonnait, dans une humble églogue,son chant prophétique ; mais il ne devait s’accomplird’abord que pour un petit nombre d’âmes marquées dusceau de la prédestination, et qui eurent leur idéal àpart ainsi que leur symbole. Quant à l’agglomérationd’esclaves qui, sous le despotisme impérial, continuaà porter le nom officiel de peuple romain, son idéalvaria suivant le caractère de ses despotes ; car, à chaquenouveau règne, il y eut une nouvelle apothéose ; et ceculte, alimenté par la peur, se trouva mieux appropriéqu’aucun autre à la corruption rapide des mœurs et àla dégradation plus rapide encore des caractères. Maisles despotes eux-mêmes eurent parfois la fantaisied’avoir leur idéal et de l’imposer à leurs sujets. Quantils le prenaient dans la mythologie grecque, c’étaittoujours à contre-sens, et l’on sait le singulier plaisirque trouvèrent certains empereurs à se parer des attri-buts d’Hercule, c’est-à-dire à ne porter en public d’autrevêtement qu’une massue à la main et une peau de lionsur les épaules. C’était un idéal burlesque, mais aprèstout très-innocent, quand on le compare avec celuiqu’adopta, sous les yeux et, pour ainsi dire, aux applau-dissements du peuple Romain, l’un de ses princes leplus justement populaires, le père adoptif des deuxAntonins, le pacificateur du monde, l’ami passionné etmême trop passionné des arts de la paix, particulière-