XXVIII
l’art chrétien.
geait quelquefois là-dessus, c’était pour se nourrir d’il-lusions analogues à celles dont se nourrissaient les Juifscharnels, relativement à la venue du Messie. C’étaienttoujours des interprétations selon la chair. On étaitloin de soupçonner qu’en absorbant les nations dansun vaste empire dont les limites se confondaient aveccelles du monde connu, on ne faisait que préparer unmagnifique berceau à une religion dont les conquêtesspirituelles devaient laisser loin derrière elles toutesles conquêtes dont Rome était si fière.
Il vint un jour où tous ces sentiments et pressenti-ments trouvèrent enfin un digne interprète dans le gé-nie d’un grand poète, génie à la fois patriotique etprophétique, mais prophétique à la manière de ceuxqui portent la lumière devant eux, sans s’éclairer eux-mêmes. Ce grand poète est Yirgile, et tout le mondeconnaît les vers dans lesquels il a déposé ses aspira-tions instinctives, qui étaient alors celles du genrehumain tout entier. Mais tout le monde ne sait pas àquel point il fut obsédé par ces mêmes aspirationsdans la composition de son épopée, qui est beaucoupmoins exclusivement nationale qu’on ne le pensecommunément. C’est là le secret de l’immense prédi-lection de Dante pour son auteur et du rôle tout excep-tionnel qu’il lui fait jouer dans sa Divine Comédie :
Tu sei lo mio maestro e ’l mio autore.
Le héros de cette singulière épopée est un hérosvaincu, et les dieux qu’il emporte avec lui dans une