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France 11’eust été? Certes, il marchande bien et ja a mar-chandé, mais que il soit ainsi que on dit de luy honnir etdéserter, et pour Dieu que on se délivre de lui bien remons-trer et par homme si créable que en lui remonstrant, ilcognoisse ce qu’il a meffait . 1 » Dans l’expression de ces senti-ments que le mariage de Catherine de Lancastre avec l’héri-tier du trône de Castille faisait naître dans les esprits, ilconvient de laisser une part à l’imagination du chroniqueur ;entre autres choses, le projet de chasser Jean I or et de mettreà sa place le duc de Touraine était insensé. Ce qu’il importede retenir, c’est que l’on fut en France d’autant plus indignéde ce qu’on considéra comme une perfidie, qu’on y étaitmoins préparé, et, ainsi qu’il arrive toujours en pareil cas àceux qui croient leurs bons offices payés d’ingratitude, ons’exagéra l’importance des services rendus à la Castille.Certes, le roi de France avait puissamment aidé Henri IIà s’emparer du trône et avait, dans la guerre contre le Por-tugal, montré un grand désir d’être utile à son allié ; mais onoubliait que ces services avaient été payés de retour et queles flottes espagnoles n’avaient cessé do prêter leur appuidans la lutte contre l’Angleterre. Pour être juste, on doitreconnaître que le mariage de la petite-fille de Pierre I oravec le petit-fils du comte de Trastamara était pour la Cas-tille un événement heureux, puisqu’il écartait à jamais toutecompétition entre les deux branches de la descendanced’Alphonse XI. On pourrait seulement reprocher à Jean I erde n’avoir point annoncé cette nouvelle à son allié, en l’ac-compagnant d’assurances amicales. Le roi de Castille auraitdû prévoir ces susceptibilités et les faire cesser aussitôt, endéclarant que l’union de son fils avec une princesse anglaisene changerait rien aux relations cordiales des deux couronnes.L’explosion de colère qui se produisit à la cour de Francefut donc très naturelle, en même temps que très exagérée.
Quoi qu’il en soit, le conseil se réunit, et on décida d’en-voyer en Espagne un ambassadeur pour faire des représen-tations « et fut bien dit que il y convenoit homme hardi etbien enlangagié qui sagement et vaillamment remonstrat laparole du Roy : on n’avoit que faire de y envoier simple-
1. Froissart. éd. cit., t. XIII, pp. 279 et 280.