VIII
INTRODUCTION
un tout complet, ils suffiraient, du moins à montrer qu’unealliance étroite lia la Franco et la Castille depuis le règned’Alphonse XI (1312-1350) jusqu’à l’avènement d’Isabelle(1474).
Cette période n’a pas été choisie arbitrairement : on cons-tate en effet qu’elle est marquée par une union particulière-ment intime entre les deux couronnes. Sans doute, à uneépoque antérieure, des traités avaient été conclus, des ma-riages avaient rapproché les maisons royales. Mais c’estseulement depuis le second tiers du xiv" siècle qu’il y aune alliance, au vrai sens du mot; elle devient bientôt unetradition de la politique des princes ; on prend soin de larenouveler à chaque changement de règne, pendant plus decent trente années avec une régularité dont on ne trouveraitailleurs que de rares exemples.
L’accord franco-casfillan doit sa naissance, croyons-nous, àla guerre de Cent Ans. Il parait évident que Philippe de Va-lois, prévoyant le conflit qui allait le mettre aux prises avecun ennemi redoutable, rechercha l’appui d’Alphonse XI.Celui-ci était maître de la majeure partie de la péninsule ibé-rique et il possédait une marine considérable ; de plus, sesétats touchaient aux domaines anglais de la Gascogne. Ilpouvait pour ces deux raisons avoir sur l’issue delà lutte unegrande influence. Edouard III, de son côté, avait mesuré lesavantages qu’il ne manquerait pas do retirer d’une ententeavec la Castille. Nous assistons donc d’abord à une sorte decombat diplomatique oh chacun des deux rivaux s’efforce degagner l’amitié d’Alphonse. Il semble que ce prince aitévité de se prononcer bien franchement : si le roi de Franceobtint de lui successivement deux traités, dont le second esttrès clairement dirigé contre l’Angleterre, le roi de Castilleconsentit cependant à fiancer son fils unique à une des fillesdu souverain anglais. On ne sait ce qui serait advenu si lemariage projeté se fût accompli : peut-être alors la Castilleaurait elle été comptée parmi les puissances ennemies de laFrance. Mais la princesse destinée à l’infant D. Pedro mou-rut prématurément, Alphonse XI succomba à son tour, et leroi de France ressaisit l’avantage qui avait paru un momentdevoir lui échapper. Appuyé par le Saint-Siège, Jean 11 leBon, poursuivant le même but que son père, réussit au com-mencement du règne de Pierre 1 er , non seulement à faire