INTRODUCTION.
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de la supériorité d’une patrie qui voulait rester aveuglée ! Les com-plaisans des nations, dangereux et corrupteurs, autant que les adu-lateurs des rois, montraient aux peuples du continent, la domina-tion de l’insulaire, comme arrivée au bord de sa ruine, et descen-dant enfin de sa hauteur; alors même quelle creusait des abîmes,pour y cacher les fondemens d’une force toute nouvelle...
Aux yeux du sage , la puissance des nations est un fait, qu’il étu-die, comme un naturaliste étudie un phénomène, comme le géomè-tre étudie les vérités mathématiques : pour en connaître les principes,et pour en découvrir les conséquences. Telle est la philosophie quidoit guider le voyageur, s’il veut donner à ses récits l’autorité del’histoire; ou plutôt, s’il veut rappeler l’histoire à sa noble origine,la replacer au rang des sciences d’observation, et la rendre ce qu’elleétait, au temps des Hérodote et des Xénophon, des Polybe et des Ta-cite : la science des choses et des lieux que soi-même on avait vus *.
Ce que l’empire britannique, observé dans cet esprit, doit de for-tune à la Force commerciale, peu de mots ont suffi pour le faire com-prendre. Mais quels moyens, quels travaux ont produit cette forceelle-même? Des travaux pareils, des moyens analogues, pouvaient-ilsélever d’autres peuples au même degré de puissance? Le peuvent-ilsencore ! Voilà ce qu’il nous importe de savoir : comme Français, pourl’avantage de la France; comme amis de toute l’humanité, par ce justeet généreux sentiment qui nous fait prendre intérêt, à la dignité, àla paix, à l’indépendance, au bonheur de toutes les nations; quel quesoit l’endroit du globe où la nature ait placé le siège de leur patrie.
Inspirés par ces grands motifs, nous voudrons connaître les causesde la prospérité commerciale de l’Angleterre : gardons-nous de les voiruniquement dans les déceptions de la ruse, et dans les abus de la force.
Les succès obtenus dans le gouvernement des arts, sont pareils auxsuccès obtenus dans le gouvernement des hommes. On peut y con-quérir par la fraude, par la surprise et par la violence; on ne peuts y soutenir que par des voies opposées. Ce n’est pas seulement le cou-rage , et l’intelligence, et l’activité ; c’est la sagesse, et l’économie,
* K.a0 tçoplav : Ad visenda loca et mores hominum cognoscendos pera-
grare : Voyager en historien , pour connaître les lieux et les choses , les hommes etleurs mœurs. 1 elle était l’idée que Plutarque se faisait du véritable esprit des voyages.