COTES ET PORTS. î/j.5
que, si des hommes endurcis par le plus rude des climats,abandonnaient totalement leur contrée natale , aucun habitantdes provinces plus favorisées de la nature ne voulût aller pren-dre leur place, pour cultiver une terre ingrate et repoussante.L’autorité fit donc les plus grands efforts dans le dessein d’amé-liorer le sort des montagnards écossais. Elle ouvrit des voiescommerciales, nombreuses et faciles, à travers des gorges demontagnes où, jusqu’alors, on n’avait passé que par des sentiersde chasseur et de berger ; elle établit des phares, aux abords lesplus dangereux de la terre-ferme et des îles; elle encouragea,elle facilita l’établissement des petits ports marchands, et desvillages de pêcheurs, le long des cotes de la mer et sur les bordsdes principaux lacs ; elle s’efforça d’importer dans ces déserts ,les lumières de la civilisation , en créant des écoles, en propa-geant la Bible et la connaissance de la langue anglaise , * etc.
* Parmi les Lairds qui continuent de résider dans la Haute-Ecosse, plusieurs s’op-posent sourdement à ces efforts qui pourraient rendre plus éclairés leurs anciens vas-saux, dont ils sont révérés et redoutés encore, par la tradition d’un respect imbécile.Pour faire connaître cet esprit anti-social, je n’offrirai qu’un exemple; mais il est frap-pant, et digne d’une méditation profonde.
En suivant la ligne du canal Calédonien, le long du lac Oicli, je traversai la valléeou glen de Garry. Je passai d’abord devant une jolie maison élevée près des ruines d’unancien château-fort, reste de la puissance des Mac-Donnell sur la contrée environnante.Au-dessus de la porte du moderne édifice, je vis suspendues comme des monumensde triomphe, des têtes de bêtes fauves et des carcasses d’oiseaux sauvages. C’étaient lestrophées du cliejtain, dans les chasses annuelles où il réunit les montagnards de sonclan, avec les visiteurs des clans voisins : tous vêtus en petit cotillon et les cuisses nues.Ils sont trois jours en campagne, passent les nuits dans les forêts ; puis reviennent auchâteau, manger les produits de la chasse, s’enivrer de wisky *, et ~se li\rer aux excèsd’une brutale intempérance que des rixes sanglantes manquent rarement d’illustrer.
A quelque distance de l’habitation des Mac-Donnell, je découvris un monument quime fit reculer d’horreur : en voici le sujet. Il y a plus de deux cents ans, une famillenoble avait fait éprouver quelques injustices à plusieurs de ses vassaux; sept d’entr’euxse réunirent et massacrèrent cette famille , ou du moins toutes les probabilités les indi-quèrent comme auteurs de l’assassinat. Aussitôt le laird, dans le clan duquel s’était com-
* Liqueur forte , obtenue par la distillation du froment : celle de la Haute-Ecosse est célèbrepour sa qualité ; elle est l’objet d’une immense contrebande.
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