IIISTOIHE ET COSTUMES DES OlUHtES KEEIG1EUX MILITMIIES. 5<J
sédèrenl jusqu’à l’an 1117, que le roi Alphonse VIII la leur enleva, et enconfia la garde aux Templiers. Mais au bout de huit ans, ceux-ci, effrayésd’un armement considérable que préparaient les Mores pour la reprendre,la remirent entre les mains du roi de Castille, Sanche III.
Ce prince, ne se voyant aucun moyen de sauver cette place, ^ ' "aqu’il la donnerait en toute propriété à celui qui voudrait se charger de ladéfendre, et (pie cette propriété, passerait, en toute souveraineté, à seshéritiers. Mais personne ne se présenta pour accepter l’offre du roi.
Qui le croirait? Le seul Espagnol qui se sentit le courage d’accepter cecadeau fut un moine de Cîteaux, d’une abbaye de la Navarre, cette Ven-dée de la Péninsule. Ce moine avait autrefois porté les armes, et il étaitconnu du roi Sanche, à la cour de qui il se trouvait alors avec son abbé,don Raymond, pour quelques affaires particulières. Son nom étaitD. Velasquez, et il engagea son abbé à demander au roi la ville de Cala-trava, se faisant fort de la défendre.
On crut d’abord qu’il était fou, comme en France on prit plus tardJeanne d’Arc pour une folle, quand, à dix-neuf ans, elle vint annoncer àCharles VII que les Anglais ne prendraient pas Orléans. 11 y a des inspi-rations dont il ne faut pas toujours rire, et qui ont quelque chose desurnaturel.
Le roi Sanche prit Velasquez et son abbé au mot, et leur fit don, à euxet à l’ordre de Cîteaux, de la ville de Calalrava, avec toutes ses dépen-dances, par une charte que nous avons encore, et qui est de l’an 1158.
La première chose que fit D. Raymond, fut de proposer au roi Sanchede fonder un ordre militaire du nom de Calatrava, avec l’approbationde l’archevêque de Tolède, qui voulut y coopérer lui-même par de grandeslargesses, et en promettant des indulgences à ceux qui voudraient s’en-rôler dans ce nouvel ordre, ou lui fournir des secours pécuniaires.
Ces deux moines se voyant soutenus, levèrent des troupes, fortifièrentla ville et la mirent à l’abri de l’attaque que les Mores méditaient contre elle.
Sans perdre de temps, D. Raymond fait venir de son abbaye de Fitero,en Navarre, tous les moines valides, n’y laissant que les vieillards et lesinfirmes, pour les établir dans son nouveau domaine. 11 les fait accompa-gner par une vingtaine de mille colons, avec des bestiaux pour _ /erles environs de Calatrava, qui devint par cela une ville importante, grâceà l’activité de deux moines de Cileaux.