TRAPPISTES.
Parmi toutes les réformes de Cîteaux, il n’y en a point eu de plusaustère, ni qui ait plus édifié l’Eglise que celle de la Trappe. Elle a eupour auteur le célèbre abbé de Rancé, dont nous venons de parler, etque nous allons l'aire connaître.
Armand-Jean le BouUnifier de Rancé, d’une famille très-ancienne,naquit à Paris, le 9 janvier 1020. Ses progrès dans l’étude des belles-lettres donnèrent une haute idée de son esprit, et annoncèrent ce qu’ilserait un jour. Étant entré dans l’état, ecclésiastique, il fut pourvu de plu-sieurs bénéfices. Il fit sa licence avec distinction, et prit le bonnet dedocteur le 10 février 1(354. Il fut aumônier du duc d’Orléans, et parutavec éclat dans l’assemblée du clergé, en 1055, en qualité de député dusecond ordre.
Personne ne possédait mieux que l’abbé de Rancé ces qualités quirendent aimable dans le monde, et qui font briller dans les sociétés. Mal-heureusement il oublia ce que l’auguste caractère du sacerdoce exigeaitde lui. A la vérité, ses moeurs étaient réglées; mais il vivait dans unedissipation et un faste qui, insensiblement, éteignaient en lui l’espritsacerdotal.
Dieu, qui avait sur lui des vues de miséricorde, et qui le destinaità de grandes choses, lui ouvrit enfin les yeux sur le danger oii il était.Il sentit qu’un chrétien, et, à plus forte raison, un prêtre, ne pouvaitse sauver en menant une vie de plaisir ; il comprit que l’usage qu’il faisaitdes revenus de ses bénéfices était contraire à leur destination. Il résolutdonc de prendre tous les moyens possibles pour tranquilliser sa con-science, et pour se mettre dans la voie du salut. Après avoir consulté lespersonnes les moins capables de le flatter, il vendit son patrimoine, en