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HISTOIRE ET COSTUMES UES ORDRES RELIGIEUX. 163
dans la succession, et n’ayant pas d’autres moyens de subsister, il remplitles fonctions de précepteur chez différents seigneurs des environs deToulouse.
En 1005, à l’âge de vingt-neuf ans, Vincent, qui jusqu’alors avait vécudans un état de gêne, eut un moment l’espoir d’arriver à l’aisance. Unami, en mourant, lui avait fait un legs de quinze cents livres. Une pa-reille somme, à cette époque, améliorait sa position. Il va donc à Mar-seille pour toucher son legs. Mais, pour revenir à Toulouse, on lui conseillede prendre la voie de la mer, comme la plus courte. Le malheur veut quele vaisseau qu’il montait soit attaqué et pris par des pirates barbaresques,qui l’emmènent en Afrique.
Que va devenir le malheureux Vincent entre les mains de ces barbares?Il est vendu comme esclave, et après avoir été acheté par différentsmaîtres, il se trouve enfin appartenir à un renégat, natif de Nice, quil’emploie à la culture de son jardin.
Les philanthropes de nos jours trouvent mauvais qu’on permette auxArabes, qui habitent l’Algérie, d’avoir des nègres pour esclaves. Qu’ilsjugent donc quelle devait être la position d’un jeune prêtre françaisesclave dans ces mêmes contrées, privé de toute communication avec sonpays, et sans espoir d’y retourner jamais! Il faut, comme nous, exilésdans les landes de la Westphalie, s’être vu obligé, pour vivre, d’aiderles paysans dans leurs travaux, de soigner leurs enfants, et de garderleurs troupeaux, pour pouvoir apprécier quel était le sort de Vincent chezles barbaresques.
Heureusement pour lui, une des femmes de son maître, quoique mu-sulmane, aimait à causer avec lui; il lui plaisait. Pendant son travail, afinde charmer ses ennuis, en pensant à la France, comme autrefois les Juifscaptifs à Babylone pensaient à Sion, il chantait les hymnes de l’Église,le Salve Regina, le psaume Super flumina Rabylonis, le cantique del’exil. Ces chants plaisaient à sa maîtresse et lui donnaient une haute idéede la religion de son esclave. Elle en parla à son mari, et lui demandacomment il avait pu renoncer à une religion si belle. Le renégat en futtouché, et eut honte de son apostasie. Il l’avoua à son esclave, et tous deuxprirent le parti de se soustraire par la fuite à ces contrées barbares. LaProvidence les favorisa. Ils s’emparèrent d’une frêle embarcation, surlaquelle ils traversèrent la Méditerranée, au milieu de mille dangers, et.