146
HISTOIRE ET COSTUMES
ceux qui voulurent bien l’écouter les toucha. Peu à peu leurs préventionsse dissipèrent; il gagna la confiance de ces villageois, et ils finirent parprendre goût à ses instructions (1). Il multiplia les catéchismes, dont cespauvres gens avaient tant besoin. Il s’attacha surtout à instruire les enfants,et il y réussit si bien, qu’à la fin leurs parents rougirent eux-mêmes d’ensavoir moins qu’eux. Le bon pasteur ne se contentait pas de parler à sesparoissiens du haut de la chaire, il allait encore les visiter dans leur inté-rieur pour maintenir la paix dans les ménages, adaptant ses paroles et sesconseils aux besoins de chacun. Il parvint à détruire leurs préventions età les ramener à la raison et à la religion.
Il établit dans sa paroisse des confréries, qui s’occupaient de charité etde dévotions particulières. Trouvait-il quelques pécheurs endurcis, iln’épargnait rien pour les ramener à eux-mêmes, jusqu’à se jeter lui-mêmeà leurs pieds pour vaincre leur obstination. Il redoublait pour eux sesprières pour obtenir de Dieu leur conversion.
Il avait un soin particulier des pauvres, et quoiqu’il ne fût pas riche,il se privait encore de tout, couchant sur la dure et ne vivant que delégumes, se passant même de feu pour avoir de quoi donner aux malheu-reux. 11 avait pour maxime, et il le disait en riant, que la frugalité estune banque du plus grand rapport.
Cependant, était née à Remiremont, petite ville de la Lorraine, et avaitété élevée par des parents très-pieux, qui lui avaient inspiré leurs propressentiments, une demoiselle nommée Alix Leclerc. Son père ayant besoinde rétablir sa santé, était venu demeurer avec toute sa famille dans unhameau qui dépendait de la paroisse de Mattaincourt, deux ans avant queP. Foncier y arrivât. Quand le saint prêtre y fut établi, M lle Leclerc futassidue à ses instructions et le prit pour confesseur.
(1) On sait comment le célèbre missionnaire Brydayne, se trouvant en pareil cas, sien tiraavec adresse. 11 arrive à Aigues-Mortes pour commencer une mission, un bâton blanc à la main,et son bréviaire sous le bras. L’écpiipage et l’air jeune du missionnaire font rire les habitantset ils se mot|uent de lui. Brydayne fait sonner le sermon; personne n’y vient. 11 sort de l’égliseen surplis, une clochette à la main, et va de rue en rue appeler le peuple au sermon. Quelques-i.ns le suivent par curiosité. Rentré avec eux dans l’église, il monte en chaire, et entonne uncantique. On rit de plus fort , mais un instant après, il fait à son faible auditoire un .discourssur la mort dont tous les assistants sont atterrés. Des pleurs, des sanglots remplissent l’église,et chacun demande à Dieu et h son ministre pardon de ses péchés. Dès ce moment la villeenlii'te se porto à l’onvi aux sermons du jeune prêtre, et sa mission eut le plus heureux succès.