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courut de toutes parts, pour baiser les pieds du saint homme. On coupaitdes morceaux de ses habits pour les conserver, et la foule était si grande,qu’on fut obligé de mettre des gardes autour de lui pour maintenir le bonordre. On lui fit les obsèques les plus magnifiques, et les premiers de laville se firent un honneur de porter le corps au lieu de sa sépulture. Uneoraison funèbre fut prononcée sur son tombeau par le plus savant profes-seur du couvent des frères du tiers ordre de Saint-François, dans l’églisedesquels il fut enterré.
Quel touchant spectacle que celui de la mort du juste! quoi de plus-élo-quent que ce concours de toutes les classes qui viennent baiser avec respectles restes d’un serviteur de Dieu! Pendant sa vie, il n’a point fait parlerles cent bouches de la renommée. On ne vantait pas son éloquence, sascience, ses talents. Mais il était bon ! il ne savait que faire le bien; il s’im-molait pour ses semblables, et il aimait son Dieu! Voilà ce qui a excitél’admiration des hommes. Tel est l’empire de la vertu. Telle est l’impres-sion profonde que produit la religion sur ceux qui sont témoins des actesqu’elle inspire (1).
Après la mort du frère Pierre de Béthencourt, son successeur, désignépar lui-même, dressa lés constitutions des frères de sa congrégation. Ilétablit des filles du même institut, pour soigner les malades de leur sexe,et leur fit construire des maisons. Ces nouveaux hospitaliers se répandirentdans le Pérou et le Mexique, et, suivant l’intention du fondateur, il y euttoujours, dans chaque hôpital, une école pour les enfants. Cet institut futapprouvé par le roi d’Espagne, et le pape Innocent XI l’autorisa par unebulle du 26 mars 1687, qui leur permit d’avoir un général particulier et
(Il Me permettra-t-on de consigner ici un fait analogue, dont j’ai été témoin? Bien jeuneencore,j’ai assisté aux derniers moments d’un illustre prélat, dont je viens de parler, et à quil’Église rendra peut-être un jour un culte public J’ai vu aussi toute une grande ville venircontempler, pour la dernière fois, les traits, que la mort n’avait pas encore flétris, du véné-rable défunt, qui demeura exposé à face découverte pendant trois jours dans la chapelle de sonpalais. Je vois encore, après soixante et dix ans, ces chapelets, ces livres que l’on faisaittoucher à ses mains, à son visage. Je vois s’avancer lentement ce convoi, ou plutôt cette marchetriomphale, vers cette belle cathédrale d’Amiens, au milieu de soixante mille spectateursaccourus de tous les environs et montés jusque sur les toits des maisons, pour voir encore unefois leur digne pasteur. Enfin je vois encore cette foule immense se précipiter dans le caveauoù l’on descendait le corps du saint évêque, pour arracher quelques morceaux de ses vête-ments, que l’on baisait avec attendrissement et respect.