HISTOIRE ET COSTUMES DES ORDRES RELIGIEUX.
69
de Ferdinand V (1). Ses inclinations le portant à suivre la même carrièreque ses frères, le due de Najera, grand d’Espagne, un de ses parents, luilit apprendre tous les exercices propres à former un officier distingué.
Il fit ses premières armes à la prise de la ville de Najera, dans la vieilleCastille, où, se contentant de la gloire d’y avoir contribué, il renonça àla part de butin qui lui revenait, selon les usages de la guerre de cetemps-là. Il était loyal, généreux, plein d’honneur; mais il joignait à sesbelles qualités beaucoup d’étourderie, un grand goût pour les plaisirs, etétait fort infatué des maximes du monde, qui ne sont pas toujours cellesde la sévérité chrétienne.
En 1521, les Français vinrent mettre le siège devant Pampelune, capi-tale de la Navarre. Ignace, qui était renfermé dans cette place, fit tout cequ’il pouvait pour la défendre; mais, malgré ses efforts, elle se rendit.Alors, suivi de quelques braves, il se retira dans la citadelle. Il y futatteint, sur la brèche, d’un boulet de canon,.qui lui cassa une jambe. Ilfallut se rendre à discrétion, et il fut fait prisonnier par les Français, quicependant le traitèrent bien et le firent transporter au château de son père,à Loyola.
Sa jambe ayant été mal remise, les chirurgiens se virent obligés de lacasser de nouveau ; ce qui lui occasionna une fièvre dont il faillit mourir.Il guérit cependant, et regarda toujours sa guérison comme un fait mira-culeux.
Sa fracture guérie, on s’aperçut que l’os faisait saillie au-dessous dugenou, et comme cet obstacle allait l’empêcher de porter sa botte avec lagrâce ordinaire, Ignace voulut qu’on lui sciât cet os, et il souffrit l’opéra-tion sans pousser un cri; mais elle l’obligea à garder le lit bien longtemps.Comme il s’y ennuyait, il demanda des romans, pour passer le temps.N’en trouvant pas dans le château, on lui apporta à la place la Vie dessaints. Cette lecture eut d’abord peu d’attraits pour lui; mais bientôt il yprit goût, et les réflexions qu’elle lui inspira l’engagèrent à imiter les per-sonnages dont il admirait les actions.» Pourquoi ne ferais-je pas ce qu’ils» ont fait? se disait-il. C’étaient des hommes comme moi. »
Son frère aîné, qui, par la mort de leur père, venait d’hériter de la
(1) Ferdinand d'Aragon, devenu roi d’Espagne par son mariage avec Isabelle de Castille,élail cinquième du nom dans les deux monarchies.