ORDRE DIJ VERBE INCARNÉ.
Un écrivain de nos jours, qui s’est fait un système particulier sur l’his-toire de France, regarde la nation française comme l’union, pour ainsidire contre nature, de deux peuples antipathiques, séparés originairementpar la Loire, et dont l’un a conquis l’autre. Ces deux pays sont, selon lui,la Gaule romaine et la Gaule franque. Cette dernière, en guerre continuelleavec l’autre, sous les deux premières races des rois de France, a fini parmettre la première sous le joug, et lui a imposé ses lois : l’auteur ditqu’alors « le vent du nord se leva sur ce pays du moment que la Gaule en-» tière fut réunie sous un même pouvoir et sous un régime commun. Les» ténèbres qui enveloppaient la Gaule franque descendirent sur la Gaule» romaine, et%le Midi qui, dans le moyen âge, était le pays des arts et» de la raison, est maintenant en arrière de ceux où régnait alors l’igno-» rance (1). »
Qu’entend-il par là? Est-on aujourd’hui, en France, plus grossier audelà qu’en deçà de la Loire? Ce compliment ne me paraît pas très-flatteurpour les habitants du Midi. Les bourgeois de Lille sont-ils plus spirituelsque ceux de Toulouse?
Veut-il dire que les Français méridionaux sont plus dévots que ceux duNord? Car, chez certaines gens, la dévotion passe pour rétrogradation etobscurantisme, synonyme de ténèbres.
Sous ce rapport, peut-être a-t-il raison; car c’est dans les provincesméridionales de la France qu’on a vu s’élever le plus d’instituts religieux,comme les dominicains, les chartreux, les grandmontains, les feuil-lants, etc., pour les hommes ; les ursulines el les hospitalières de différentsinstituts, etc., pour les femmes. La ville de Lyon est aujourd’hui celle qui
(!) Lettres sur l'histoire de Fronce, par Augustin Thierry.
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