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HISTOIRE ET COSTUMES
Cette princesse, née en 1465, n’avait pas été favorisée des dons de lanature. Elle était petite, contrefaite et d’une figure peu agréable. Elle avaitune sœur aînée, qui fut mariée au duc de Beaujeu, et fut régente deFrance pendant la minorité de leur frère, Charles VIII.
Ses inclinations la portaient aux exercices de la piété, et elle se plaisaitbeaucoup en la compagnie des personnes religieuses. Louis XI, son père,ne voyait pas de bon œil ce grand goût de dévotion dans sa fille ; il luidéfendit d’aller si souvent à l’église, et pour l’empêcher de se faire reli-gieuse, comme elle lui avait donné lieu de soupçonner quelle en avait ledésir, il prit le parti de la marier au duc d’Orléans, lorsqu’elle eut atteintl’âge de douze ans.
Peut-être, à cet âge, n’était-elle pas encore si difforme quelle le devinten grandissant : quoi qu’il en soit, le duc d’Orléans n’osa se refuser à cemariage, quelque dégoût qu’il éprouvât pour cette jeune princesse. Il con-naissait le roi, son despotisme, et combien il était dangereux de lui résister.
On dit que la veille du jour fixé pour le mariage, l’évêque d’Orléansayant été envoyé au prince pour savoir sa dernière volonté sur cettealliance, le duc lui répondit:» Hélas! Monseigneur d’Orléans, mon ami,» que ferai-je? Je ne saurais résister; il vaudrait autant être mort que de» faillir, car vous savez à qui j’ai affaire. — Mais enfin, Monseigneur, lui» dit le prélat, quel est votre dernier mot? — Il m’est bien force, répon-» dit le prince, et il n’y a remède. »
Tant que vécut Louis XI, et même sous le règne de Charles VIII, sonsuccesseur, le duc d’Orléans continua de vivre avec sa femme. Mais quandlui-même fut devenu roi, plusieurs raisons l’engagèrent à faire rompre uneunion qui n’avait jamais été de son goût.
Après la dissolution de son niariage avec Jeanne de Valois, Louis XII,pour la consoler, fut généreux à son égard. Il lui donna la jouissancedu Berri, et y ajouta encore d’autres avantages qui lui firent un revenuconsidérable.
La bonne princesse se retira à Bourges. Son entrée y fut des plusmagnifiques. Toute la ville alla au-devant d’elle et la joie des habitants futuniverselle. Elle se rendit directement à la cathédrale pour y faire sa prièreet déposer au pied des autels le poids des grandeurs dont elle était fatiguée.De là, elle alla se renfermer dans son palais pour n’en plus sortir, et nes’y occuper que d’œuvres pieuses.