DES ORDRES RELIGIEUX.
293
expulsées de nouveau sous Élisabeth ; elles se retirèrent à Matines, et enfinà Lisbonne.
Brigitte, après avoir passé deux ans dans le monastère de Waslein, fitun pèlerinage à Rome, dans le dessein d’aller prier sur le tombeau desapôtres, et de vénérer les reliques de tant de saints, que l’on trouve dansla capitale du monde chrétien. Elle s’y fit admirer par l’éclat de ses vertus :elle y vivait dans la retraite et et dans la pratique des veilles et autres ri-gueurs de la pénitence; elle visitait les églises et allait servir les maladesdans les hôpitaux. Elle fonda, à Rome, une maison pour les étudiants etles pèlerins suédois, laquelle fut rebâtie sous le pontificat de Léon X ; elleétait située dans le Campo di Fiore, près du palais Farnèse.
L’idée de la passion du Sauveur, qui était toujours présente à l’espritde sainte Brigitte, lui inspira les dessein de faire un pèlerinage à la terresainte. Elle y arrosa de ses larmes les lieux qui avaient été sanctifiés parla présence de Jésus-Christ, et teints de son sang. Dans son voyage, ellevisita les plus célèbres églises de Sicile et d’Italie.
Étant revenue à Rome, elle y fut attaquée de diverses maladies, et sesentant près de sa fin, elle donna des avis forts touchants à son fils Birger,et à sa fille Catherine, qui étaient avec elle; après quoi, elle se fit étendresur un cilice, pour recevoir les derniers sacrements. Elle mourut le25 juillet 1373, à l’âge de soixante et onze ans. On l’enterra dans l’églisede Saint-Laurent, qui appartenait aux pauvres Clarisses. L’année suivante,Birger et Catherine firent transporter le corps de leur mère dans le monas-tère de Wastein, en Suède. Elle fut canonisée en 1391, par Boniface IX,et, en 1419, à la sollicitation du roi Éric XIII, cette canonisation futrenouvelée par le pape Martin V.
L’ordre de sainte Brigitte s’était répandu en France, en Allemagne, enAngleterre, en Italie et dans les Pays-Bas, qu’il était encore inconnu enEspagne. Il y fut introduit par une sainte fille, nommée Marie Escohar,née à Valladolid, en 1554. Sans être riche par elle-même, elle avait l’artde procurer aux pauvres de quoi soulager leurs misères, en s’adressantavec zèle aux personnes aisées, qu’elle savait intéresser en faveur desmalheureux. C’est par les mêmes moyens qu’elle réussît à établir enEspagne l’ordre de sainte Brigitte, dont elle retoucha la règle et l’appro-propria au temps où elle vivait. Celte réforme porta le nom de brigit-tines de la récollection. Le premier monastère fut fondé par Eli-