HISTOIRE ET COSTUMES
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Faisons connaître ces deux héros chrétiens.
Jean de Matha vit le jour en Provence, de parents nobles et pieux, versle milieu du douzième siècle. Il fut élevé à Aix, où son père lui donnatous les maîtres qui convenaient à son état et aux vues qu’il avait sur lui.Mais les qualités qui se développaient le plus, dans le jeune de Matha,étaient l’amour des pauvres et une grande sympathie pour tous les mal-heureux. Il leur distribuait tout l’argent dont il pouvait disposer, sansrien accorder à ses plaisirs, et suivant l’impulsion de son bon naturel. Onle voyait aussi dans les hôpitaux soigner lui-même les malades.
Bientôt le goût de la retraite prit en lui le dessus, et il demanda à sonpère la permission de se retirer dans un petit ermitage dans le voisinagedu lieu où il était né (1) : mais les visites qu’il y recevait lui ayant déplu,il partit pour Paris, avec l’agrément de son père, pour y étudier la théo-logie. Il suivit les cours qu’on enseignait dans cette capitale, prit lebonnet de docteur, et fut ordonné prêtre par l’évêque de Paris, Mauricede Sully.
En célébrant sa première messe, en présence de ce prélat, des abbés deSainte-Geneviève et de Saint-Victor, et du recteur de l’université, il sesentit inspiré de travailler à la délivrance des chrétiens esclaves des infi-dèles. Il apprit alors qu’il y avait un saint ermite, nommé Félix de Valois,qui vivait dans une forêt du diocèse de Meaux. 11 l’alla trouver, pour s’in-struire à son école et partager ses pieux exercices.
Un jour que nos deux solitaires, assis, comme autrefois saint Paul etsaint Antoine, au bord d’une fontaine, s’entretenaient de choses saintes,et se demandait l’un à l’autre ce qu’il y aurait de mieux à faire pourplaire à Dieu, Jean parla à son ami de la pensée qui lui était venue pen-dant sa première messe. Félix en fut frappé, et la regardant comme uneinspiration divine, il dit qu’il fallait aviser aux moyens de la mettre àexécution. Ils commencèrent par demander à Dieu ses grâces pour la réus-site de leur entreprise, et partirent presque aussitôt, vers la fin de 1197,pour Borne, dans le dessein d’aller consulter le souverain pontife sur leurprojet.
Innocent III, à qui ils se présentèrent avec des lettres de recomman-dation de la part de l’évêque de Paris, les reçut favorablement, et exposa
(1) Faucon, village à deux lieues de Barcelonette (Basses-Alpes).