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1 (1845)
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HISTOIRE ET COSTUMES

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Faisons connaître ces deux héros chrétiens.

Jean de Matha vit le jour en Provence, de parents nobles et pieux, versle milieu du douzième siècle. Il fut élevé à Aix, son père lui donnatous les maîtres qui convenaient à son état et aux vues quil avait sur lui.Mais les qualités qui se développaient le plus, dans le jeune de Matha,étaient lamour des pauvres et une grande sympathie pour tous les mal-heureux. Il leur distribuait tout largent dont il pouvait disposer, sansrien accorder à ses plaisirs, et suivant limpulsion de son bon naturel. Onle voyait aussi dans les hôpitaux soigner lui-même les malades.

Bientôt le goût de la retraite prit en lui le dessus, et il demanda à sonpère la permission de se retirer dans un petit ermitage dans le voisinagedu lieu il était (1) : mais les visites quil y recevait lui ayant déplu,il partit pour Paris, avec lagrément de son père, pour y étudier la théo-logie. Il suivit les cours quon enseignait dans cette capitale, prit lebonnet de docteur, et fut ordonné prêtre par lévêque de Paris, Mauricede Sully.

En célébrant sa première messe, en présence de ce prélat, des abbés deSainte-Geneviève et de Saint-Victor, et du recteur de luniversité, il sesentit inspiré de travailler à la délivrance des chrétiens esclaves des infi-dèles. Il apprit alors quil y avait un saint ermite, nommé Félix de Valois,qui vivait dans une forêt du diocèse de Meaux. 11 lalla trouver, pour sin-struire à son école et partager ses pieux exercices.

Un jour que nos deux solitaires, assis, comme autrefois saint Paul etsaint Antoine, au bord dune fontaine, sentretenaient de choses saintes,et se demandait lun à lautre ce quil y aurait de mieux à faire pourplaire à Dieu, Jean parla à son ami de la pensée qui lui était venue pen-dant sa première messe. Félix en fut frappé, et la regardant comme uneinspiration divine, il dit quil fallait aviser aux moyens de la mettre àexécution. Ils commencèrent par demander à Dieu ses grâces pour la réus-site de leur entreprise, et partirent presque aussitôt, vers la fin de 1197,pour Borne, dans le dessein daller consulter le souverain pontife sur leurprojet.

Innocent III, à qui ils se présentèrent avec des lettres de recomman-dation de la part de lévêque de Paris, les reçut favorablement, et exposa

(1) Faucon, village à deux lieues de Barcelonette (Basses-Alpes).