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1 (1845)
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HISTOIRE ET COSTUMES

était attaché à un clou, en dehors du navire, mais plongeant dans leau.La visite laite, le capitaine du vaisseau retirait le paquet et le remettait àsœur Danel, quoiquil fût à ladresse de M mo Grey (1).

Il arriva un jour que, par malheur, la vessie, mal fixée au clou, sendétacha, flotta à la mer, fut trouvée sur la plage (2) et portée aux autoritésrévolutionnaires de la ville. Aussitôt M mo Grey est arrêtée comme favori-sant la correspondance des ennemis étrangers de la république avec ceuxdu dedans.

Sœur Danel, voyant quelle allait être cause de la mort de sa supérieure,voulait se déclarer elle-même comme auteur du fait en question. M me Greylarrêta en lui disant : « Ma chère amie, ne dites rien; je prends tout sur» moi. Ce nest pas un grand mal quune vieille femme, comme moi,» vienne à mourir. Mais ce serait un grand malheur, et jen serais incon-» solable, si je vous voyais périr à Cage vous êtes. »

M mo Grey fut donc condamnée à mort pour avoir favorisé la correspon-dance des ennemis de la république; mais vu son grand âge, de soixanteet quinze ans, la peine fut commuée en celle de la déportation à file deRhé, jusquà la paix.

Elle fut donc dirigée vers cette île; mais arrivée à Arras, ses infirmitéslempêchèrent daller plus loin, et elle fut gardée dans la prison de cetteville. Sœur Danel ne voulut jamais la quitter, décidée à la suivre et à laservir partout on la conduirait.

Jai vu ces deux héroïnes chrétiennes dans les prisons dArras, et cestdelles-mêmes que jai appris leur histoire. Cette bonne dame Grey, dansla prison, était la mère, la consolatrice de tous ceux qui souffraient avecelle. Elle publiait ses propres chagrins pour ne soccuper que des leurs.

Jai partagé la captivité de ces deux respectables femmes. Notre prisonétait lancien couvent des dominicains. Que de tristes jours, que de tristes

(1) On ferait un recueil très-amusant de toutes les ruses, de tous les stratagèmes quilfallait employer pour tromper la vigilance des tyrans qui pesaient alors sur la France.

(2) Celte plage de Calais devait être aussi fatale aux émigrés français que lavait été, àOreste et Pylade, celle de la Tauride. En 1797, cinquante-trois émigrés y furent jetés par unnaufrage, et il ne tint pas au ministre de la justice, Merlin de Douai, quils ne fussent tousfusillés, comme étant rentrés en France sans sêtre fait, au préalable, rayer de la fatale listedes émigrés. Ces malheureux en furent quittes pour quatre ans de détention; ce qui, à celleépoque, pouvait être regardé comme une faveur bien rare.