Il E U N A U DINES
Au nom de bernardins et de bernardines, bien des gens sans doutes’imagineront que saint Bernard a fondé un ordre auquel il a donné sonnom. C’est une erreur semblable à celle qu’on trouve dans le nouveaudictionnaire de l’Académie française, où on lit que les ursulines sont unordre de religieuses qui suivent ta règle de sainte Ursule , comme si jamaissainte Ursule avait songé à écrire une règle pour des religieuses !
Saint Bernard (1) fut, dans l’ordre de Cîteaux, ce que saint Thomasd’Aquin fut dans celui de saint Dominique, c’est-à-dire que l’un et l’autrefurent l’ornement de l’ordre dans lequel ils s’étaient engagés. Ni l’un nil’autre n’a fondé aucune nouvelle association religieuse, mais ils ont ré-pandu un grand lustre sur celles dont ils faisaient partie. S’ils ont été égauxen piété, en talents, ils ne l’ont pas été sous le rapport de l’influence qu’ilsont eue sur leur siècle.
(1) Saint Bernard, né en 1091, près de Dijon, d’nne bonne maison de Bourgogne, futl’homme le plus éloquent de son temps. C’est ce qui lui donna , sur ses contemporains, cetascendant que l’on admire encore aujourd’hui. Doux, compatissant, persuasif, il réussit danstout ce qu’il entreprit. Heureusement que cet homme était porté au bien, car, s’il eût étépoussé par le démon du mal, combien ses talents n’en auraient-ils pas produit! Il prêcha laseconde croisade, et entraîna les princes et les peuples vers l’Orient. Son exemple remplit lescloîtres de jeunes gens des premières maisons de la Bourgogne. Son propre père vint semettre sous la conduite de son fils, et mourut moine de Clairvanx. Rien ne se faisait sansBernard, et il paraissait dans toutes les cours, soit pour réconcilier les princes, qui se fai-saient la guerre, soit pour ramener ceux qui suivaient de mauvaises voies, ou pour éteindreles schismes qui affligeaient l’Église. Au milieu de toutes ces graves affaires, il fondait partoutdes monastères, qu’il remplissait de son esprit. Le voir, l’entendre était un bonheur que chacunambitionnait. On montrait encore, de nos jours, les lieux honorés de sa présence. J’ai vu, àl’abbaye de Corbie, la chambre où il avait logé, en passant dans celte ville,
Cet homme mortifié et qui n’avait, pour ainsi dire, qu’un souffie de vie, était cependantl’âme de tout ce qui se faisait de bien dans son siècle, et il semblait tout vivifier, Il mourut en1155, à soixante-deux ans.
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