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128 HISTOIRE ET COSTUMES
parmi eux était prêtre; il se nommait Hugues, dit le Chapelain. SaintBruno, quoique ayant été chargé de l’administration du diocèse de Reims,n’était pas prêtre; il était seulement dans les ordres sacrés.
Arrivés à Grenoble, nos sept voyageurs allèrent se jeter aux pieds dusaint évêque et lui demandèrent un lieu, dans son diocèse, où ils pussentse livrer sans distraction à la contemplation des choses célestes. Il leurindiqua un endroit très-sauvage dans des montagnes affreuses, et qu’onappelait la Chartreuse. C’était une gorge formée par des rochers couvertsde neiges et de brouillards épais, loin de tous lieux habités et environnéede bois. Voilà le lieu où Bruno s’établit avec ses compagnons, et qui devintle chef-lieu d’un ordre célèbre parla sainteté de ses membres, et qui n’ajamais eu besoin de réforme.
Bruno et ses compagnons, à l’exemple des anciens solitaires de la Pa-lestine, se mirent à construire un oratoire, et de petites cellules séparéesles unes des autres, comme les anciennes laures. D’abord ils s’étaient misdeux dans la même, mais bientôt chacun eut la sienne. Ils se rendaienttous à l’église, qui était bâtie sur une hauteur, pour chanter vêpres etmatines, et récitaient les autres heures en particulier. Ils ne faisaientqu’un repas par jour, excepté les principales fêtes, et alors ils mangeaienttous ensemble au réfectoire. Les autres jours, on leur apportait leur por-tion, qu’ils recevaient par une petite porte qui donnait dans les cellules,et ils mangeaient seuls comme les ermites.
Mais du temps de saint Bruno, la vie des premiers moines était encoreplus austère. Ils passaient six jours absolument seuls et n’étaient ensembleque le dimanche. En se quittant, ils emportaient chacun un pain avecune espèce de portion pour vivre le reste de la semaine. Ils ne se par-laient que par signes, et le calice de l’église était la seule argenterie qu’ilspossédassent. Ils s’occupaient à copier des livres de piété, et le produit deleur travail suffisait pour les entretenir.
Voici comme Pierre le Vénérable, abbé de Cluni, qui vivait cinquanteans après saint Bruno, nous dépeint les chartreux de son temps :
« Ils sont les plus pauvres de tous les moines; la vue seule de leur» extérieur effraye.... Ils portent un rude cilice, affligent leur chair par» des jeûnes continuels, et ne mangent que du pain de son. En maladie» comme en santé, ils ne connaissent pas l’usage de la viande. Ils n’achètent.» pas de poisson et n’en mangent que quand on leur en donne. Les