HISTOIRE ET COSTUMES DES ORDRES RELIGIEUX.
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L’archevêque de Reims à cette époque était Manassès, jeune hommequi s’était emparé de ce siège par des voies simoniaques et menait unevie scandaleuse. Bruno et deux autres chanoines de Reims, ayant en vaintâché de corriger leur archevêque par de sages avis, furent obligés de ledénoncer au légat du saint-siège, qui le fit déposer dans un concile tenuà Autun en 1077.
C’est alors que Bruno éprouva un grand dégoût pour toutes les chosesdu monde. Quelques-uns ont attribué sa conversion à une autre cause,mais qui est regardée aujourd’hui comme une fable. Ils disent que Bruno,assistant aux obsèques d’un chanoine de Paris, qui, de son vivant, avaitpassé pour un saint personnage, avait entendu le mort se lever tout àcoup de son cercueil, et dire d’une voix effroyable qu’il était damné; quec’était ce prodige qui avait engagé Bruno à quitter le monde. Il ne fallaitpas ce fait, reconnu aujourd’hui pour apocryphe, pour inspirer à Brunocette résolution. Il avait déjà sous les yeux l’exemple d’Hériman, qui avaitété chanoine et écolâtre avant lui et qui avait renoncé à tout pour s’ense-velir dans la retraite. Bruno fit comme lui, résigna ses bénéfices et sedépouilla de tout.
Il s’associa alors, vers l’an 1078, six ecclésiastiques, dont un avait été,comme lui, chanoine de Reims, et, suivant le conseil de saint Robert, abbéde Molesme, ils allèrent tous les sept, en 1084, consulter saint Hugues,évêque de Grenoble (1), sur le parti qu’ils avaient à prendre. Un seul
où le saint avait exercé cet acte de charité, et qu’on appelait le pas de saint Martin. On ylisait l’inscription suivante en mauvais vers latins et français :
Hic ( hrislo chlamydem Marlinus dimidiavil :
Ut faciamus idem nobis exemplificavit.
En l’an trois cent , ajoutez trente-sept ,
Saint Martin chy divisa son manlcl.
(1) Saint Hugues, né en Dauphiné, était (ils d’un militaire très-pieux, qui finit par em-brasser la vie religieuse, par le conseil de son fils, dans la grande Chartreuse, et y mourutâgé de cent ans.
Saint Hugues fut nommé évêque de Grenoble en 1080, et mourut, en 1152, à quatre-vingtsans , après trente-deux ans d’épiscopat. On conserve en manuscrit, à Grenoble, un ouvrage delui intitulé Charlularium.
Vies des Saints, 1 er avril.