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HISTOIRE ET COSTUMES
Ne trouvant pas l’ordre des carmes assez rigoureux pour le désirqu’il avait d’une plus grande perfection, il songeait à entrer chez leschartreux, lorsque sainte Thérèse arriva à Medina-del-Campo. Connueelle avait entendu parler de la ferveur de ce jeune religieux, elle désira levoir, et lui dit qu’au lieu de quitter son ordre, Dieu l’appelait à le réfor-mer, et quelle lui proposait de se joindre à elle pour cette bonne' œuvre.Elle avait obtenu du général des carmes la permission d’établir deux cou-vents d’hommes, sous le nom de carmes déchaussés, et elle trouva, dansle P. Jean d’Yépez, qui portait, depuis son entrée en religion, le nomde P. Jean de saint Mathias, le collaborateur quelle cherchait.
Le premier couvent de la réforme fut élevé au village de Durvelle,dans une pauvre maison, où le P. Jean de saint Mathias se retira, sous lenouveau nom de P. Jean de la Croix. Quelques mois après, plusieurs reli-gieux vinrent se joindre à lui, et tel fut le commencement de la réformedes carmes déchaussés, qui date de l’an 1568, et fut approuvée, douzeans après, en 1580, par une bulle de Grégoire XIII. Les austérités de cespremiers carmes furent si grandes, que sainte Thérèse fut obligée de lesmitiger elle-même. Peu après, elle fonda encore trois couvents à Pastrane,à Manrèze et à Alcala.
Mais comme le bien ne s’établit jamais sans résistance, les carmesnon réformés regardaient les réformés comme des rebelles et des trans-fuges. Le P. Jean de la Croix fut traité par eux comme un apostat, et misen prison à Tolède. Néanmoins, au bout de neuf mois, sainte Thérèsevint à bout d’obtenir sa liberté. Il en profita pour fonder de nouveauxcouvents à Baeça, à Ségovie et à Grenade.
Toujours poursuivi par ses ennemis, le P. Jean de la Croix fut, en 1591,dépouillé des emplois qu’il occupait dans l’ordre, et relégué dans uncouvent situé sur les montagnes de la Sierra Morena, où il se livra toutentier à la pratique des austérités et à l’exercice de la contemplation. Maisy étant tombé malade, il fut envoyé dans un autre couvent, gouvernémalheureusement par un de ses ennemis les plus acharnés. Il y mourut àl’âge de quarante-neuf ans, après avoir pardonné à l’indigne supérieur decette maison, lequel avait enfin reconnu ses torts, et s’était jeté auxpieds du saint pour lui demander pardon. Sa mort eut lieu le 14 dé-cembre 1591.
Sainte Thérèse était morte neuf ans avant lui, et avait eu la consola-