DES ORDRES RELIGIEUX.
S!)
Parmi les costumes différents que donne le P. Ilélyol de ces religieuses,on en trouve 1° un que l’archevêque de Cambrai, François Vanderbuch,avait donné à celles de Tournai, en 1632, lorsqu’il les obligea à laclôture;
2° Celui des augustincs de Dordrecht, avant l’introduction de la pré-tendue réforme en Hollande;
3° Celui des Augustines de sainte Marthe à Rome, qui habitent uncouvent fondé par saint Ignace de Loyola pour y retirer des femmes quiavaient renoncé à la débauche, et qui, depuis 1561, est une maisond’Augustines, habillées de blanc avec un scapulaire noir.
On a vu autrefois à Venise un monastère de religieuses Augustinesnobles, qu’on appelait genlile donne. 11 avait été fondé, en 1177, par lepape Alexandre III, pendant le séjour qu’il y avait fait, lors de ses démêlésavec l’empereur Frédéric Barberousse. Pour sceller la paix qui se fitensuite entre ce souverain et le pontife, le premier voulut que sa fdleJulie entrât dans ce monastère, dont elle fut la première abbesse.
Cette maison fut richement dotée par le doge Sebastiano Zani, et ce futpour cette raison que le pape lui donna, et à ses successeurs, le patro-nage de ce monastère, qui dépendait entièrement des doges, et n’était passoumis à la juridiction du patriarche. C’était le chef de la république quiapprouvait l’élection de l’abbesse, après quoi le pape lui envoyait un brefde confirmation.
L’installation de l’abbesse était faite par le doge en personne. Envoici la cérémonie telle que la raconte le Père Hélyot, qui en avait élétémoin.
Le doge, accompagné de toute la seigneurie, assistait à la grand’-messe chantée pontificalement, après laquelle il se présentait à la grandegrille du couvent. L’abbesse, la crosse à la main, et au milieu detoutes ses religieuses, l’y attendait. Après quelques compliments, ledoge mettait aux doigts de la nouvelle supérieure deux anneaux, dontl’un était un beau saphir, et l’autre portait l’image de saint Marc, patronde la république. Par là, le doge épousait l’abbesse et il finissait parY embrasser.
On sait que le doge de Venise épousait également tous les ans la merAdriatique, monté sur le plus grand vaisseau de la marine vénitienne, enjetant dans ses flots un anneau d’or.