82
HISTOIRE ET COSTUMES
les pélagiens (1); on le consultait, de toutes les parties de l’Empire, tantsur des questions de foi, que sur des matières de discipline. Partout il futle fléau de l’erreur. Son activité, sa vaste érudition, la puissance de sadialectique, en faisaient l’oracle du siècle et la colonne de l’Église.
Augustin, dans ses dernières années, fut témoin du désastre de sa pa-trie. L’Europe avait jeté sur l’Afrique les barbares que l’Afrique devait re-verser sur l’Europe trois siècles après (2). Les Vandales, en vingt-trois ans,étaient arrivés de la Baltique aux colonnes d’Hercule, après avoir traversé,comme un torrent, les Gaules et l’Espagne. Genseric, leur clief, à la tête dequatre-vingt mille hommes, passe en Afrique, bat deux fois les Romains,et lait le siège d’Hippone. Le saint évêque n’a pas voulu abandonner sontroupeau, mais au moins il ne verra pas les barbares maîtres de sa per-sonne. Il meurt avant la fin du siège, à soixante et seize ans, en 430. LesVandales respectèrent sa cendre et sa bibliothèque. La désolation de sapatrie fut à son comble. Son corps fut transporté en Sardaigne, et de là,en 722, à Pavie, où il fut retrouvé en 1695.
On voit donc que saint Augustin a formé deux communautés : l’une àTagaste, étant encore laïque, où il vivait avec quelques amis; l’autre àIlippone, lorsqu’il fut ordonné prêtre, et où il réunit, étant évêque, lesclercs attachés à son église, et qui composaient son clergé. Il ne leuravait pas donné de règle particulière; mais il suivait avec eux celle quel’Évangile trace à tous les chrétiens. Ainsi son ordre différait de ceuxconnus jusqu’alors, en ce qu’il ne prescrivait que le renoncement à la pro-priété, sans aucune des pratiques rigoureuses introduites dans les ordresde saint Antoine et de saint Pacôme.
Il faut croire que, dès son vivant et après sa mort, la manière de vivred’un homme aussi célèbre qu’Augustin trouva bien des imitateurs, et qu’àson exemple, plusieurs chrétiens se réunirent, pour se livrer en com-mun aux exercices de piété, dont le saint prélat avait enseigné la pratique.
La persécution des Vandales, qui venaient de s’emparer de l’Afrique,ayant forcé les disciples de l’évêque d’IIippone à chercher un asile enEurope, ils y établirent des communautés à l’instar de celles que lesbar-
(1) Pelage, moine breton, niait le péché originel et la nécessité de la grâce pour faire le bien.Quant aux donatistes, ils n’étaient que schismatiques.
(2) Les Mores, qui envahirent l’Espagne en 712, venaient des pays conquis par les Vandalesdans le v' siècle.