HISTOIRE ET COSTUMES DES ORDRES RELIGIEUX.
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centaine de volumes, bibliothèque considérable pour ce temps, et alla serenfermer à Gigni.
Devenu abbé de Cluni, il fit achever l’église, qu’avait commencée sonprédécesseur, et établit une excellente discipline parmi ses moines. Il fitobserver, dans toute sa pureté, la règle de saint Benoît, et fut le réforma-teur (1) de cet ordre, qui commençait déjà à se relâcher. Plusieurs autresmonastères de bénédictins demandèrent à être gouvernés par lui, et, ens’unissant à celui de Cluni, ils formèrent une congrégation qui en porta lenom.
Saint Odon établit à Cluni quelques usages qu’il est à propos de rap-porter ici.
1° On y chantait, tous les jours, deux messes solennelles, où chaque re-ligieux offrait deux hosties, sur quoi cinq seulement étaient consacrées,les dimanches, et trois les autres jours, pour autant de religieux qui com-muniaient. Les autres hosties n’étaient que bénites, et elles étaient man-gées, avant le repas, par ceux qui n’avaient pas communié (2).
2° Aux fêtes solennelles, le diacre communiait de la même hostie que leprêtre.
5° Tous les religieux communiaient les trois derniers jours de la se-maine sainte.
4° Il était loisible à chaque religieux prêtre de dire la messe, le samedisaint. Mais s’il la disait avant l’office, il ne devait pas faire allumer lescierges de l’autel, attendu que le nouveau feu n’était pas encore bénit.
(1) Le premier réformateur de l’ordre de saint Benoit avait été saint Benoit dit d’Aniane, filsd’un comte de Maguelone, et né en Languedoc. Ce seigneur avait eu une charge importante àla cour de Pépin, et ensuite à celle de Charlemagne. Mais touché de la grâce, il s’était faitmoine, d’abord à l’abbaye de Saint-Seine, près de Dijon, puis dans celle d’Aniane, sur leruisseau de ce nom, en Languedoc, qu’il avait bâtie lui-même dans ses possessions. Il y réunitun grand nombre de religieux, avec qui il vécut dans la pratique de grandes austérités, etbeaucoup d’autres monastères furent réformés par ses soins. Il devint l’oracle de la France , etLouis le Débonnaire, pour l’avoir auprès de sa personne, lui lit construire un monastère, quifut depuis appelé de St.-Corneille. Benoit mourut, en 821, à l’âge de soixante et onze ans.Mais, après lui, sa réforme s’affaiblit, parce qu’il n’avait pas réuni ses monastères en congré-gation , seul moyen de maintenir la ferveur parmi les moines qui les composaient.
(2) Cet usage de distribuer du pain bénit est très-ancien dans l’Église. Un canon de saint Pie I,qui occupa le saint-siége, de l’an 142 à 157, porte : De illis panibus a presbylero bencdiclis,et in frusta seclis, posl missarum solemnia, qui communicare non fuerinl parali, Eulogias,omni die dominico, et in diebus festis, accipianl. (Liturgie sacrée. Paris, 1678, t. 5, p. 2C8 )
Cet usage existe encore dans toute la France.