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HISTOIRE ET COSTUMES
sans marcher sur des ruines. Le pillage, l’incendie, avaient porté partout lamisère et la dévastation ; et c’est le moment que la providence choisitpour susciter un homme simple, qui, sans s’en douter lui-même, va tra-vailler à tout rétablir, non par la force des armes, mais par celle des insti-tutions! Les bénédictins vont reprendre en sous-œuvre la civilisation queles Barbares ont détruite. Les Vandales, les Suèves, les Goths ont dévasténos campagnes, renversé nos villes, et amené l’ignorance à leur suite. Lesbénédictins, nouveaux Triptolèmes, vont eux-mêmes défricher nos dé-serts, dessécher nos marais, bâtir de nouvelles villes, en place de cellesque les Barbares ont ruinées, et ranimeront les études, dont ils ont in-terrompu le cours. Si tous ces bienfaits ne sont pas leur œuvre immédiate,du moins ils en fourniront l’occasion, et c’est d’eux que partira l’impul-sion.
Que de villes, dans nos contrées, n’existeraient peut-être pas sans lesbénédictins! Saint-Omer, Berg-Saint-Winox, Saint-Amand , Mons, Soi-gnies, Saint-Trond , etc., ont commencé par quelques cellules, où de pau-vres solitaires venaient chercher le travail du corps, le repos de l’espritet le chemin du ciel. A peine leurs sueurs leur avaient-elles procuré quel-que aisance, qu’ils ouvraient des écoles pour instruire la jeunesse, ou co-piaient les livres que les anciens nous avaient laissés. D’autres, mission-naires zélés, allaient dans les pays barbares annoncer l’Évangile auxpeuples idolâtres. Tels furent parmi eux saint Orner, saint Bertin, saintColomban, saint Willibrord, saint Boniface, etc., qui devinrent les apôtresdes Morins, des Frisons, des Germains. Enfin, quand la civilisation eut étérétablie dans l’Europe, les bénédictins ne se sont pas encore crus quittesenvers le genre humain. On les a vus s’occuper de grands ouvrages litté-raires, s’y dévouer tout entiers, et exécuter des travaux qui demandaientdes efforts réunis et soutenus. Laborieux, patients, pleins de sagacité,rien n’a égalé leur érudition. Leurs savantes veilles ont tout éclairci. Ilsont porté le flambeau de la critique dans les ténèbres de l’antiquité, ontinterrogé les vieilles archives, et tous les dépôts de la science ont été com-pulsés par ces infatigables écrivains.
Faut-il le dire? nous avons cependant été témoins de l’anéantissementd’un corps si utile! On a trouvé, au dix-huitième siècle, que les terrescréées, défrichées et arrosées par les sueurs des bénédictins n’étaient pasà eux. On les a chassés de leurs monastères; on a enlevé leurs livres, et