BÉNÉDICTINS.
Si nous lisions quelque part qu’un homme puissant, pouvant disposerd’immenses ressources; qu’un homme, dis-je, né dans un siècle où les ta-lents étaient communs, les gens de génie faciles à trouver; qu’un telhomme enfin, doué lui-même de connaissances étendues, a fondé une so-ciété qui a eu la plus grande influence sur la civilisation d’une grandepartie du monde; société qui a conservé le feu sacré de la science, quiétait sur le point de s’éteindre ; qui a sauvé du naufrage les connaissancesacquises par les anciens ; société enfin qui a duré jusqu’à nos jours, etqui n’a jamais dévié de son institution, qui était l’étude et le travail; nousdirions qu’un pareil personnage a des droits bien acquis à la reconnais-sance du genre humain, et peut être placé sans contredit au nombre desgrands hommes.
Mais si nous venions à apprendre que celui qui est parvenu à ce but n’a-vait aucun des moyens que nous venons d’énumérer, que ce n’était qu’unsimple particulier, un homme ordinaire, qui, au lieu d’avoir des savants àsa disposition, des conseillers pour le diriger, vivait au contraire dans unsiècle de confusion, de misères, de désordres, au milieu des ébranlementspolitiques et des ruines de toute espèce, quel serait alors notre étonne-ment de voir une si grande disproportion entre l’effet obtenu et la causequi devait le produire!
Voilà cependant les réflexions qu’inspire à tout homme attentif l’éta-blissement de la société des bénédictins. Saint Benoît, qui en est le fonda-teur, vivait vers la fin du cinquième siècle, de ce siècle de bouleverse-ments où l’empire romain avait disparu sous le cimeterre des Barbares. Lamalheureuse Italie, sa patrie, était foulée, depuis près d’un siècle, sous lespieds des Goths. Rome avait été saccagée par ces Barbares, et ensuite parles Vandales. On ne pouvait faire un pas dans cette malheureuse contrée