DES ORDRES RELIGIEUX.
mortifications. Ils travaillaient afin de n’être à charge à personne.
Les uns vivaient séparément et loin de toute société. D’autres se réu-nissaient pour vivre en commun, renonçaient à leur volonté, et obéissaient ,sans murmurer, aux ordres, quels qu’ils fussent, des chefs auxquels ilsétaient soumis. Qui n’a pas lu l’histoire de ce fameux Siméon Stylite, quipassa une grande partie de sa vie sur une colonne haute de soixantepieds ? genre de vie qui fit l’admiration de ses contemporains, et qui pas-serait aujourd’hui pour une extravagance.
Quelques-uns, devenus leurs propres bourreaux, se flagellaient jus-qu’au sang, portaient de rudes cilices, ou se ceignaient les reins de forteschaînes. Personne ne les- condamnait à un tel supplice; mais tout partaitchez eux d’un saint enthousiasme, dont le motif était louable, et qui te-nait peut-être à la chaleur du climat qu’ils habitaient.
De toutes ces pratiques, les bénédictins ne retinrent que le travail desmains, et au lieu de tresser des nattes, des corbeilles et des paniers, ilsdéfrichèrent les marais, les bruyères, et enseignèrent l’agriculture aux peu-ples que les Barbares avaient ruinés.
Plus tard, au douzième siècle, les moines ne voulurent plus être la-boureurs. Un autre besoin se révélait ; il fallait le satisfaire. Les peuplesmanquaient d’instruction (1). Pour leur en donner, les moines, au lieu demacérer leur corps, cultivèrent leur esprit par l’étude, et l’on vit lesfranciscains, les dominicains et les prémontrés s’annoncer au mondecomme les restaurateurs des bonnes mœurs et les prédicateurs des sainesdoctrines.
(1) A tout prendre, l’ignorance n’est pas le pire état du peuple : la foi du charbonnier luisuffirait, car, comme le dit l’auteur de VImitation de Jésus-Christ, t un bon paysan, qui craintt Dieu, en sait plus qu’un philosophe qui connaît le cours des astres. » Mais le malheur del’ignorance pour le peuple est qu’elle le rend susceptible d’être trompé par les fausses doc-trines. A mesure que la lumière se répand dans le monde, les ténèbres la suivent, comme lanuit suit le jour. A-t-on jamais vu paraître plus d’hérésies qu’à l’époque où le christianismecommençait à se répandre?
Labourez votre champ avec tout le soin possible, semez-y le meilleur grain, vous n’y ver-rez pas moins croître les mauvaises herbes au milieu du froment le plus pur. L’erreur est laplante parasite de la vérité : l’une ne lève pas sans l’autre. A-t-on jamais tant écrit qu’au-jourd’hui? Le peuple en est-il plus instruit et surtout plus moral?
C’était donc pour prémunir les peuplés contre les efforts de l’erreur que les moines dudouzième siècle ont paru , et ce sera toujours contre de nouvelles erreurs que Dieu susciterade nouveaux prédicateurs pour les combattre.