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Histoire des ordres de Chevalerie et des distinctions honoritiques en France
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LÉGION DHONNEUR,

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le faisait volontiers remarquer à ceux avec lesquels il avait lhabitude desentretenir. Depuis que la France, objet des égards & des empressementsde lEurope, était remplie des miniftres de toutes les puissances, ou détran-gers de diftinétion qui venaient la visiter, il était frappé de la curiosité aveclaquelle le peuple & même des gens au-dessus du peuple* suivaient cesétrangers & étaient avides de voir leurs riches uniformes & leurs brillantesdécorations. Il y avait souvent foule dans la cour des Tuileries pour assiflerà leur arrivée & à leur départ. « Voyez, disait-il, ces vaines futilités que« les esprits forts dédaignent tant! Le peuple neft pas de leur avis. Il« aime ces cordons de toute couleur, comme il aime les pompes reli-ef gieuses. Les philosophes démocrates appellent cela vanité, idolâtrie. Ido-« latrie, vanité, soit ! Mais cette idolâtrie, cette vanité sont des faiblesses« communes à tout le genre humain, & de lune & de lautre on peut faire« sortir de grandes vertus. Avec ces hochets tant dédaignés, on fait des« héros ! A lune comme à lautre de ces prétendues faiblesses, il faut des« signes extérieurs; il faut un culte au sentiment religieux, il faut des dis-« tinefions au noble sentiment de la gloire (1). »

(Mai 1802.) « Le premier Consul résolut de créer un ordre pour rem-placer les armes dhonneur (2). Il aurait lavantage dêtre donné au soldatcomme au général, au savant paisible comme au militaire; il considéraiten décorations semblables pour la forme à celles quon portait dans toutelEurope, & de plus en dotations utiles, utiles surtout au simple soldat,quand celui-ci serait rentré dans ses champs. Cétait à ses yeux un moyende plus de mettre la France nouvelle en rapport avec les autres pays.Puisque cétait ainsi que dans toute lEurope on signalait à leftime publiqueles services rendus, pourquoi ne pas admettre le même syftème enFrance? « Les nations, disait-il, ne doivent pas plus chercher à se singula-

(1) Ce fut à la Malmaison, en février 1802, que Bonaparte laissa percer pour lapremière fois son projet, dans une conversation après dîner avec Duroc, Monge, Denon,directeur des musées, et lécrivain Arnault, qui la racontée depuis. Ceft cette conver-sation que M. Thiers a résumée dans ce passage. Dans une seconde ouverture, deuxmois après, Régnault de Saint-Jean dAngely vint au secours du premier Consul, encitant à propos létablissement de lordre de Cincinnatus par la nouvelle Amérique;aussi fut-il nommé dès lorigine grand officier.

(2) Il en avait dailleurs déposé le germe dans sa conftitution : « Il sera décernédes récompenses nationales aux guerriers qui auront rendu des services éclatants encombattant pour la République. »