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HISTOIRE DES ORDRES DE CHEVALERIE.
conçut le projet de le relever en lui adjoignant la création nouvelle deTordre du Saint-Esprit.
On attribue divers motifs à la détermination du roi., &, pour .tous, il fautbien l’avouer, il y a quelque probabilité juftifiée par le caractère fin, théâ-tral, superfhtieux, bigot & débauché de ce prince.
Personne n’ignore dans quelles circonflances politiques & religieuses setrouvait Henri III. La Ligue commençait à devenir toute-puissante, &, dès1576, il avait cru devoir s’en déclarer le chef, dans l'espoir, bientôt déçu,de l’annihiler ou du moins de la diriger. Il avait surtout besoin, contre lesproteffants, contre les Guise, contre la Ligue, de se créer des partisans, defaire ses obligés de ceux qui l’entouraient encore, d’attirer à lui par l’appâtdes dignités de nouvelles créatures. On sait que cette politique, tout habilequ’elle paraissait, eut peu de succès.
Voici, à ce sujet, comment s'exprime l’Eftoile :
« Et se faisoit-il (à ce que l’on disoit) pour ce que beaucoup de ses sujetsagités du vent de la Ligue, qui secrètement & par sous main ourdissoit tou-jours son fuseau, tendoient comme à rébellion, s’y laissant transporter parles nouvelles charges qu’on leur mettoit à sus. A quoi Sa Majefté désirantpourvoir, s’étoit avisée de se fortifier desdits nouveaux chevaliers, qu’ellecroyoit, avec ses mignons & un régiment de ses gardes, qui journellementTassiffoient, lui être prompts & fidèles défenseurs, advenant quelque émo-tion. (Aussi son frère Lrançois, duc d’Anjou, son plus grand ennemi,refusa-t-il le cordon bleu.) On disoit aussi que- cette érection du nouvelordre avoit été confortée de ce que le roi étoit né le jour de la Pentecoffe,créé roi de Pologne & fait roi de Lrance en semblable jour, lequel lui sem-bloit être fatal pour tout bonheur & prospérité, comme auroit été le jour deSaint-Mathias pour l’empereur Charles V. »
C’était donc dans son origine une inffitution toute politique, comme cellede Saint-Michel qu’elle devait remplacer. Le but annoncé était le maintiende la religion catholique & la reflitution de la noblesse en sa dignité & sonhonneur. « L’ordre du Saint-Esprit, était-il dit, se composera au plus decent chevaliers commandeurs, dont neuf commandeurs ecclésiaftiques, àsavoir : quatre cardinaux, quatre autres prélats & le grand aumônier. Lescommandeurs ecclésiaftiques auront droit d'examen sur la foi & les mœursdes candidats nommés par le roi. Tout chevalier devra être gentilhomme« de trois races paternelles au moins, » prêter serment de vivre & mouriren la foi catholique, de maintenir l’ordre selon son pouvoir, de se dévouer