HISTOIRE DES ORDRES DE CHEVALERIE.
I78
ORDRE DU FER D’OR &
DU FER D’ARGENT,
ou
ORDRE DE L’ANNEAU D’OR & D’ARGENT.
(1411.)
Cette bizarre inftitution,, qui rappelle le vœu du Héron (1), du Faisan,b par son but le fameux combat des Trente, ne dura pas plus longtempsque la vie de son fondateur, le duc Jean de Bourbon.
(1) Rien de plus singulier que la Chevalerie de cette époque : Edouard III, sur laTable Ronde, jure le héron de conquérir la France; des chevaliers anglais de la suitede l’évêque de Lincoln se couvrent un œil de drap rouge, & jurent qu’ils ne verrontque de l’autre jusqu’à ce qu’ils aient « fait aucunes prouesses au royaume de France ».Froissart. — Nous donnons ici un extrait d’un petit poëme : « Chi finent tous vousdu hairon » qui se trouve à la fin du tome I er de Froissart (édition Dacier-Buchon,p. 420); cité par Michelet, Hijl. de France, t. III, p. 271.
Par devant la Roïne, Robert s'agenouilla,
Et dift que le hairon par temps départira,
Mes que chou ait voué que le cuer li dira,
« Vassal, dit la roïne, or ne me parlés jà;
« Dame ne peut vouer, puis qu’elle seigneur a,
« Car s’elle veue riens, son mari pooir a,
« Que bien puet rappeller chou qu’elle vouera;
« Et honnis soit li corps que jasi pensera,
« Devant que mes chiers sires commandé le m'ara. »
Et dift le roy : « Voués, mes cors Taquinera.
« Mes que finer en puisse, mes cors s'en penera;
« Voués hardiement, & Dieux vous aidera. »
« Adonc, dit la roïne, je sai bien, que piecha,
« Que suis grosse d’enfant, que mon corps senti là,
« Encore n’a il gaires, qu’en mon corps se tourna,
« Et je voue, & prometh à Dieu, qui me créa,
« Qui nasqui de la Vierge, que ses corps n’enpira,
« Et qui mourut en crois, on le crucifia,
« Que ja li fruis de moi, de mon corps n’iflera,
« Si m’en arès menée ou païs par delà,
« Pour avanchier le veu que vo corps voué a ;
« Et s’il en voelh isir, quant besoins n’en sera,
« D’un grand coutel d’achier li miens corps s’ochira ;
« Serai m’asme perdue, & li fruis périra. »
Et quant li rois Tentent, moult forment l’en pensa;
Et dift : « Certainement nuis plus ne vouera. »
Li haïrons fu partis, la roïne en mengna.