HISTOIRE DES ORDRES DE CHEVALERIE.
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avide, despote, que des templiers débauchés, usuriers, dominateurs. Lepeuple a longtemps étouffé entre les deux tyrannies de la féodalité mili-taire & cléricale & de la royauté absolue, dont la royauté avec les troisEtats était le premier degré. Mais on doit toujours considérer comme unévénement heureux pour la juftice & pour la liberté la deftruêfion d’unetyrannie par l’autre. Or, la disparition des templiers, ce fut une colonnede moins à l’édifice catholico-féodal. La papauté le sentit bien, & ce ne futqu’à son corps défendant qu’elle subit la pression du roi de France danscette affaire d’une importance capitale.
Le quatorzième siècle commence, dans les faits, cette longue époque detransition qu’avaient préparée dès la fin du onzième siècle les fabliauxsatiriques & les chansons hardies des trouvères & des troubadours, & quirelie le moyen âge sacerdotal à la renaissance laïque. Les croisades, entre-prises par l’Église, dans le but d’étendre & de perpétuer sa puissance,avaient eu un résultat tout contraire à celui qu’elle attendait. Le mondes’était ouvert & s’était montré tout autre qu’on ne le soupçonnait. Lecommerce, la navigation, les voyages, le contact avec d’autres religions& avec la civilisation arabe, tout cela, en se développant, en se révélantaux esprits occidentaux, les avait détournés de leur ancienne & étroitepréoccupation.
Ce qui arriva à l’Église avec les croisades arriva à la royauté avec lestrois États. Réunis pour la première fois en i3oe, cinquante-trois ans plustard, pendant la captivité de Jean en Angleterre, ils mirent le pouvoirroyal absolu a deux doigts de sa perte, & auraient commencé dès lorsl’œuvre de 89 s’ils eussent été à la hauteur du génie d’Étienne Marcel, leprévôt de Paris.
Ainsi, le monde, qui était demeuré pour ainsi dire ftationnaire pendantles mille ans du moyen âge, recommence à marcher, & sa marche s’accé-lère de plus en plus. C’eft un fleuve que rien n’arrête ni n’arrêtera plus.Il renverse tous les obftacles. Au moment où il s’ébranlait pour reprendresa course, il rencontra les templiers : ils furent les premiers renversés. Cefut juftice.
L’hiftoire des templiers, d’après les tableaux du Musée de Versailles,eft très-courte; elle se résume dans les deux grands faits extrêmes de leurexiftence : leur naissance & leur mort. Rien d’intermédiaire.